Cher Matt –

(explication de la rubrique : comme toujours, par ici)

Cher Matt

Désolé, aujourd’hui il n’y aura pas de titre. Quand tu auras fini de lire, tu te diras peut-être que j’aurais pu en trouver mille. Mais tu sais, les mots effeuillent. Et je tiens trop à ces souvenirs pour y toucher. Peut-être, sans doute, j’effacerai ces lignes au bout d’un moment. Parce que je me rendrai compte qu’elles ne servent à rien. Parce que tout ce que j’ai à savoir sur elle, je l’ai déjà en moi et que, pour une fois, les mots sont inutiles.

Les mots. Pas les paroles. Tu te rends compte ? Une année scolaire à parler, elle et moi. Cent-quatre-vingt jours, ou soirées plutôt. Trois heures par soir, ça fait cinq-cent-quarante heures. Plus de trois semaines. Matt, il y a des histoires d’amour qui durent moins que ça. Je ne sais plus comment ça a commencé. Mémoire à trous comme toujours. Il y a des milliers de raisons – toutes tartes – pour lesquelles j’ai pu commencer à lui adresser la parole. Ses allures de lutin. Le fait qu’elle connaissait le Violoniste. La fois où, pour parler de quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, elle a dit « tu sais, celle qui fait des vrais bisous quand elle dit bonjour le matin. » Et bien sûr ce besoin de contact humain qui s’est réveillé en classe prépa et m’a presque bouffé. Si je devais parier, mes pronostics iraient sur sa voix, sûrement. Une voix à l’unisson du reste. Simple et unique. Une voix qui console d’on ne sait pas quoi.

Elle anéantissait mon seul pouvoir presque magique. En général, Matt, quand je parle avec quelqu’un, je devine assez vite de qu’il y a à dire. Comme dans un jeu vidéo, les gens ont une sorte de jauge reflétant leur approbation. Il m’est très facile de me déplacer le long de la jauge. Ca n’est pas de la vanité mal placée, pour le coup je préférerai avoir un autre talent. Genre réussir les sushis ou jouer du bombardon.
Tout ça pour dire qu’elle rendait ce don caduque. Parce que tout ce qu’elle disait venait d’elle. Rien n’a jamais été affectation. Elle ne voulait pas entendre quelque chose, elle voulait juste entendre. J’ai rencontré des gens sincères. Beaucoup parmi ses amis et connaissances d’ailleurs. Mais pas comme elle. Tout était à l’unisson de sa personne. Elle était, bon sang qu’elle était. Elle est sans doute d’ailleurs à l’heure qu’il est.

C’est sans doute ça qui nous a rapproché. Elle et moi. Qui à l’époque savait encore moins qu’aujourd’hui qui j’étais, où j’en étais. Tu aurais vu, Matt, les poses que je prenais en espérant que l’une ou l’autre me convienne. Ca ne l’a jamais dérangée. Elle me posait des questions sur tout. Toujours par curiosité ou envie de partager. Je l’ai destabilisé je pense. Mes changements d’humeur ou de peau. Sur cinq-cent-quarante heures, ça l’a mise en colère une quarantaine de minutes je crois. Le reste du temps, on parlait. Souvent de peur de retourner nous geler dans nos chambres devant quelques tonnes de papier. Et tu sais le plus drôle ? Je suis totalement incapable de me souvenir de la moindre de ses paroles ou des miennes pour le coup. Je sais où c’était, me rappelle les couleurs du ciel, l’allumage des réverbères automatiques, la moindre de ses intonations. Je me rappelle que quand il faisait trop froid, on investissait les salles de cours désertes. Mais pas un seul mot ne s’accroche.

Les premiers fragments de ce que j’appelle moi, je ne les dois qu’à sa patiente archéologie. Son envie de connaître.

On est aujourd’hui séparé par une bonne partie de la courbure terrestre, ça ne m’attriste pas. On n’a jamais eu besoin de l’un ou de l’autre. Mais qu’est-ce qu’on a été heureux, Matt. Sans un mot.

Hugo

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2 réflexions sur “Cher Matt –

  1. Au risque de gâcher ces jolis mots, je ne peux m’empêcher de vous dire je suis simplement transportée. Vraiment. Je lis, j’avale vos mots comme on mange des céréales à même le paquets et .. Je crois que j’en ai trop pris pour aujourd’hui alors il faut, je suis contrainte de vous dire  » Mais qu’est-ce que c’est bon .. Putain !!! « .
    Je suis désolée que ce soit un commentaire aussi pourri et surement pleins de fautes mais .. En fait c’est juste pour vous dire merci d’écrire. Et surtout continuez, s’il vous plait.

    • Merci beaucoup de ce commentaire, ni pourri ni plein de fautes. En tout cas si ce blog fait avant tout pour permettre égoïstement à son auteur de se faire plaisir permet d’en fournir également à ses lecteurs… Eh ben je n’ai rien d’autre à souhaiter.
      À bientôt !

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