Aveline

Je sais. Je sais Aveline. Parler à des personnages de jeux vidéo quand on a vingt-neuf ans, c’est un peu triste. Ca tombe bien je suis un peu triste.

Peut-être que tu ne rappelles pas, après tout la console est éteinte. Dans ton jeu, il y a ce moment où l’on poursuit un fils de prélat, un genre de Jean Sarkozy Junior. Il a capturé une jeunette au vu et au su de tous, pour lui faire subir les sévices que l’on imagine, au fond d’une caverne malodorante. Lorsqu’on parvient à lui, il tente de nous convaincre, toi, moi et deux autres bonshommes de pixels que ce n’est pas sa faute. Que c’est un démon. Un lutin un esprit. Et c’est la seule fois dans cette histoire que ça n’est pas vrai. Pas de mauvais génie derrière ses doigts tendus. Sa faute, juste.

Il y a plein de choix possibles dans cette discussion. Mais où que l’on se tourne, quoi que l’on sélectionne (la croix, sélectionner c’est le bouton croix), ça finit toujours pareil. Faut agir. Faut rendre justice, là maintenant, sinon il recommencera. Toujours. Alors ça révolte, mais faut finir le boulot. Et quand tout est fini, il y a, toute petite, tellement triste, ta voix : « Il y a des gens qui sont… cassés. »

Aujourd’hui au collège il y a eu comme ça comme un adversaire qu’on – on impersonnel – a vaincu. Dégagé. Bon vent, chez nous tu n’existes plus. Avant on avait tout essayé. On avait sélectionné (avec la croix, sélectionner c’est le bouton croix) toutes les conversations possibles, tous les choix. Même lorsqu’on a la diplomatie au niveau 8. En deux ans, on a épuisé toutes les possibilités de notre jeu à nous. Il nous avait tout renvoyé à la figure. Foutu le chaos. Souvent par ennui, parfois par méchanceté. L’équilibre fragile, il foutait un coup de pied dedans. Rien n’était possible.
Alors sur le moment on est soulagé. Justice est rendue, on a sauvé la jeunette.

Mais juste après Aveline, je t’ai entendu. « Il y a des gens qui sont cassés. »

Aveline s’il te plaît dis-moi que ce n’est pas vrai. Que c’était juste une phrase comme ça, par dépit. Qu’on n’a juste pas trouvé les mots, les moyens. Qu’on s’est planté. Qu’on était pas équipé pour ça. Aveline dis-moi que les gens cassés ça n’existe pas.

Ou bien que ça se répare.

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