Le type du magasin d’en face

Il y a des gens qui rendent la vie un peu plus jolie.

Je sais écrit comme ça, ça fait sujet de magazine de milieu d’après-midi sur une chaîne de la TNT. Mais il en est de certaines vérités comme du munster : même si elles ont une odeur douteuse, elles n’en restent pas moins super agréables. (je n’assumerai plus cette analogie d’ici demain matin)

Ce ne sont pas des rencontres qui changent votre existence toute entière ou qui vous font vous interroger sur le sens profond de la vie. Ces personnes là sont trop précieuses pour qu’on en parler. Mais ça n’en reste pas moins un carburant essentiel pour affronter les divers crocs-en-jambe que l’existence, cette radasse, aime à vous tendre ici et là.

Dans cette catégorie, il y a le type du magasin d’en face.

Le type du magasin d’en face a l’air gentil. C’est sa caractéristique principale pour qui ne le connaît pas davantage qu’un client lambda. En l’occurrence moi. Et la gentillesse, c’est un truc que je recherche avec autant d’ardeur que la cohérence dans un discours de campagne présidentielle. D’abord parce que c’est l’une des valeurs les plus ringardes qui soit, être gentil étant en passe de devenir la dernière insulte à la mode. Sans doute parce qu’elle ouvre la porte à ce que l’on a de plus vulnérable. Être gentil, c’est être des forts.

Le type du magasin d’en face parle doucement. Elles sont rares, les voix à ne pas heurter trop grave ni trop aigu. A descendre dans la poitrine et monter aux limites de la gorge. Du coup les mots simples, les mots commerçants, en deviennent importants. C’est très injuste. Ils sont si peu, ceux dont la voix veut dire : « je veux te parler ».

Le type du magasin d’en face restera à distance. C’est ce qu’il y a de mieux. Un truc d’adolescent, rires bêtes en option. C’est pour ça qu’il ne faut pas trop en savoir. L’autre jour, comme ça, bêtement, j’ai appris son prénom. J’en aurais exigé le remboursement de mes achats. Ca serait trop con d’apprendre qu’à ses temps perdus, il ne travaille pas pour une association caritative. Qu’il n’a jamais fait Burning Man (comme ça, de loin). Que, pour lui, Camus, ça évoque avant tout un collège. Qu’il aime le R’n’B ou qu’il sait roter l’alphabet.

Une fiction. Comme ça de loin. Un être comme Blanche Dubois les aimerait : « Je ne mens pas, je dis les choses telles qu’elles devraient être. » Alors quand la vie ne nous oblige pas à choisir entre mensonge et vérité, quand on peut garder la distance, j’aime bien penser à ces gens de loin. Qui sont tels qu’ils devraient être.

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2 réflexions sur “Le type du magasin d’en face

  1. Ca donne envie d’avoir le même en face de chez soi. Juste pour le bonheur de ne plus entendre vociférer les machos au coin d’un comptoir et demander le rétablissement de la peine de mort, le retour de tous les étrangers vers la frontière et au-delà, et l’interdiction du vote pour les femmes. Comme ça doit être reposant d’aller acheter son beurre et ses biscottes chez lui.

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