Amour, gloire et brevet

Et c’est sur le titre le plus inspiré depuis le début de l’année 2012 que nous ouvrons l’un de ces fascinants chapitre « je lève mon petit poing rageur vers les Parques de l’Education Nationale et les insulte en serbo-croate. »

Ah la la. Qu’elle va être fun cette semaine.

Voyez-vous, en ce moment, je ne devrais pas être en train de vous causer dans l’écran. Je devrais être en tête-à-tête avec une enveloppe en papier Kraft, que nous appellerons Claudette (pardon à toutes les Claudette).

Claudette recèle en effet 24 copies plutôt mastoc. Les 24 brevets blancs (pour rire donc) qu’ont passés des élèves de 3e du collège Criméa. Là ou ça rigole moins – ou alors genre hystérie collective à l’asile d’Arkham – c’est le temps qu’il va me falloir pour corriger tout ça. Questions + dictée + rédaction = adieu la suite de la rétrospective des films d’Alain Resnais (ceci était ma minute snobinard péteux). Et tout ça pour rien.

Parce que le brevet, ça ne sert à rien.

Après cette phrase digne d’un micro-trottoir du 20h de TF1, je m’en vais préciser un peu le fond de ma pensée, parce que je n’envisage pas encore d’usurper la place de presque feu PPDA.

Cette réflexion m’est tombée dessus, la sotte lorsque, faisant preuve une fois de plus de sa finesse d’esprit légendaire, Oz me brame en plein cours : « T’façon j’m’en fous, si j’viens pas au brevet y s’passe quoi ? » (Oui la syntaxe ozienne est un délice.)
Ce à quoi le bon sens, le désespoir et aussi l’honnêteté m’ont poussé à cette réponse aussi ferme que vraie. « Eh ben tu ne seras pas là. »
Je ne pouvais pas dire mieux. Parce que c’est en effet tout ce qui arrivera.

Reprenons.

Le brevet est, à la base, l’examen qui sanctionne la fin de ce long séjour au royaume de la gaudriole, j’ai nommé le collège. Dans une volonté admirable d’équité, on a divisé cette épreuve en deux parties distinctes, quoi que complémentaires : le contrôle continu et l’examen final. Si vous avez déjà posé les orteils dans une fac, ça doit vous parler. A savoir que, pour un élève lambda, le contrôle continu permet déjà d’avoir 80% des points nécessaires à l’obtention du sésame. L’examen final n’est donc qu’une formalité.

De plus, ce sésame n’en n’est pas un. Car il est tout à fait (et de plus en plus) possible de se retrouver les fesses sur une chaise de lycée, général ou professionnel, sans s’être présenté audit brevet. Parce que commissions rogatoires, parce que dossiers acceptés, parce que parents harcelant les proviseurs divers et variés. Donc en fin de compte, qu’on ait le brevet ou pas, ça ne sert à rien.

Donc je résume.

Un élève peut passer en classe supérieur avec 0 de moyenne générale (j’ai vu le cas se produire. Enfin. 0,84 mais là, le chipotage devient carrément tragique). Arrivé en Troisième, il sera éjecté quoiqu’il arrive vers une orientation quelconque ou, s’il bosse un minimum, pourra atteindre le fameux Lycée général.
Bref, c’est un fait : on peut traverser le collège les mains dans les poches. Mais là, j’enfonce des portes tellement ouvertes que ce sont des trous.

Alors on ment.

Pour préserver ce mythe fondateur et essentiel du rite du passage. Ce fantasme qu’il existe, au bout d’un moment, une épreuve obligatoire, qui sanctionne.
On évoque le brevet avec solennité. Le sempiternel « On ne rigole plus maintenant ! Dans (années + x) c’est le brevet ! » toujours aussi inefficace. Les annales – qui méritent bien leur nom – brandies ces heures de cours où on n’a rien envie de faire avec les Troisième.

Et puis le grand Barnum des brevets blancs. Deux par année de Troisième. Tous les ans.

Le même rituel qu’au « Vrai Brevet ». Les tables étiquetés, les copies à calligraphier de codes mystiques, la numérotation des pages, les questions I.2.d, notées sur 0,25 point. Les salles de cours transformées en temple de la concentration et nous, profs, devenons surveillants aux semelles en ouate. Un froncement de sourcils pour un soupir, une réprimande pour un mot.

Les élèves sont gentils, la plupart du temps. Ils jouent le jeu. Même si, j’en suis à peu près certain, ils savent.

Le vieux rituel sénile n’a plus qu’une étincelle. Celle du temps. Visser le cul de centaines d’ados à leur chaise et les forcer à se concentrer près de deux heures. Sans pipi. Parce que ça les travaille, le pipi, les Troisièmes, quand on leur parle du brevet. « Monsieur, et si on a besoin d’aller au toilettes ? »
Regard de dompteur qui va faire entrer sur scène et sans barreaux un fauve mangeur d’hommes mal dressé : « Vous vous retenez. »
Soupirs d’effrois.

Alors on protestera et on aura raison. Que le brevet est une initiation à des examens postérieurs, bac, concours d’entrées en écoles et autres… Mais c’est une vision d’adulte. Le brevet, comme tant d’autres marronniers du collège devrait être repensé. Pour s’adapter aux orientations des élèves. Ou à ce fameux système de compétences que l’on cherche à nous faire avaler à tout crin et que je démonterai dans un billet ultérieur. Mais cesser d’en faire cette épreuve artificielle qui déroule sempiternellement les mêmes questions le long des mêmes parcelles de textes.

Le brevet me renvoie à la face tout ce que je déteste dans mon boulot. Un savoir saupoudré, des connaissances détachées d’un tout dans lequel elles ont vraiment un sens, sur lesquels on évalue un public complètement aveugle aux enjeux mais conscient de l’inanité de ce qu’ils font. Comment alors, en vouloir à Oz pour cette répartie ? (alors que j’ai douze mille autres excellentes raisons pour lui en vouloir)

C’est ça qui me gonfle, dans mon tête-à-tête avec Claudette. Je voudrais un sanctuaire. J’ai un carton.

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