Engagez-vous qu’ils disaient

   Je suis grave une groupie.

A vingt-neuf ans et des bananes ça commence à la foutre mal mais c’est comme ça. Je tombe régulièrement raide dingue de gens. Anonymes, amies, collègues, connaissances, blogueurs, commerçants, j’en passe et des plus honteux. Je trouve tellement d’extraordinaire dans ce bon vieux genre humain que je pourrais passer mes journées à sourire en allant d’une personne à l’autre tout en agitant les bras. Je ne vous raconte pas les trésors de maîtrise qu’il me faut pour garder mon apparence de type posé et ténébreux (ce serait fort urbain de cesser de vous marrer, là au fond). Ce doit être ma traduction du mot anglais « crush ». Comme je l’avais déjà évoqué dans un billet précédent, il est des gens qui rendent la réalité tellement plus riche que je n’ai d’autre ressource que de tomber dans une grande flaque d’admiration.

Eh ben des fois, ça craint.
Ca craint parce qu’à ces gens là, il n’y a pas grand-chose d’autre que je puisse offrir qu’un « oui », béat lorsqu’ils ont une demande.

Et lorsqu’on béate, on accepte parfois des trucs limites. Par exemple, juste par exemple, accompagner des élèves dont on souhaiterait que certains finissent au fin-fond d’un puits rempli de crocodiles et de jeunes UMP, à une conférence. Un mercredi soir. En car. A une heure du collège.

Oui je sais, c’est tout ma faute. Et finalement c’était assez rigolo. En bonus, ça m’a plutôt fait réfléchir. Le thème de la conférence suscitée – rien de sexuel – était la notion d’engagement. Notion explorée à travers les interventions de résistants, de représentants d’associations humanitaires ou caritatives, de militaires… Le fil des discours (trois heures tout de même) m’a permis quelques échappatoires dans mon petit monde. Parce que finalement, je crois que la notion d’engagement me met mal à l’aise.

Non pas que je méprise le fait de mettre ses intérêts personnels de côté pour servir une cause que l’on estime digne d’intérêt. Ces visages qui se succédaient sur scène avaient cela en commun qu’ils semblaient habités par un but, une vision. La tranquille certitude de savoir comment ils veulent voir le monde. Et c’est en cela que nous différons.

Je ne sais rien.

Le monde, la géopolitique, les conflits d’intérêts sont pour moi des concepts qui me dominent de plusieurs dizaines d’années lumières. Comme le dit l’Antigone de Bauchau mieux que moi « je ne suis pas fait pour les grands mots et les grandes pensées. » Nous vivons dans un monde terriblement complexe et que chaque tentative que je fais pour le comprendre me plonge dans un nouvel abîme de perplexité. Trop. Trop de paramètres à prendre en compte, de facteurs contradictoires, de lecture entre les lignes, d’anguilles sous roche. Alors prendre une direction précise sous l’égide d’une organisation qui a, elle, une vision bien précise des choses me semblerait malhonnête. Mes idéaux sont trop petits, trop instantanés pour être partagés. Agir au jour le jour je peux faire. Aider, donner un coup de main sur le moment, évidemment. Mais me lancer dans quelque chose de plus grand me paralyse. J’ai tenté deux expériences, l’une politique, l’autre syndicale, elles se sont vite terminées. Dans trop de réunion j’entendais des tentatives d’interpréter des textes et des idées afin qu’elle rentre à peu près dans la ligne des organisations. Des idées tellement dépiautées qu’elle finissaient par ne plus rien dire. Et si je soutiens tous les mois une association caritative, ce que la personne qui m’a démarché avait un regard et une voix magnifiques. En vérité, le seul engagement de longue durée et indéfectible que je me connaisse, c’est celui que mon personnage mort-vivant du jeu vidéo World of Warcraft a pour sa souveraine, la reine banshee Sylvanas Coursevent. J’en profite pour signaler qu’avoir une présidente avec un nom qui pète comme ça serait quand même grave la classe.

Pourquoi vous faire bâiller avec ça ? Pour la simple raison que je pense être très banal. En ces temps de pré-scrutin, on ne cesse de nous bassiner avec le désamour des français pour la politique, pour la démocratie, et j’en passe. Je vote. Mais avec des oeillères. Les enjeux et les conséquences à long terme de telle ou telle politique, je ne parviens pas à les envisager. Et il m’arrive de penser que si j’y arrivais, je me comporterai comme le personnage de Francine dans American Dad qui ressort de l’isoloir sans avoir voté en hurlant « vive la démocratie ! ».

D’autres, sûrement, on plus de courage ou de lucidité que ma petite personne. Et c’est sans doute l’un de mes échecs de ne parvenir à prendre parti que pour ce qui ne me concerne que directement, ce qui parle à mon ventre et à ma tête. Et, prof toujours, j’ose espérer donner à mes élèves les outils qui leurs permettront, eux, de voir un peu plus large. Et de me dépasser. Après tout, être nocher, il y a pire comme destin.

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