Diva

Ce qu’il y a de bien, lorsque la trépidante vie à Education Nationale-land daigne te laisser quelques instants de répit, c’est que tu recommences à voir les gens. Je veux dire vraiment.

Et parfois, lorsque tes yeux s’ouvrent, tu rencontres un mythe. Un rêve de gosse.

Diva.

Deux syllabes. Seulement deux, c’est quand même dur quand tu as six ans. Que les parents ne te l’ont jamais expliqué, parce que tu es tombé dessus tout seul comme un grand en lisant Fantômette et en te disant que, bon sang, c’est trop bien de savoir déchiffrer toutes ces runes tout seul. Donc il y a le mot Diva. Que tu ne comprends pas très bien alors tu imagines. Et cette image-là te poursuivras lorsque, vingt-trois ans plus tard, tu expliqueras le terme à Catiua qui l’a entendue sur TF1 monsieur.Ta définition, toujours en premier.

Diva : personne de sexe féminin, pour qui la réalité est trop petite.

Faut croire que l’on a de sacrées intuitions à six ans. Une diva, j’en ai rencontrée une vingt-trois ans plus tard, quelques jours après avoir expliqué le terme à Catiua.

Diva m’a parlé en premier. C’est rare. On s’habitue à être monochrome. A faire le premier pas. C’est un réflexe acquis. Pas cette fois-là. Diva m’a pointé du doigt et m’a donné rendez-vous. Comme ça. Et peu importe que ledit rendez=vous ait été remis mille et une fois. Il est arrivé, tranquillement. Inexorablement. Bien sûr je ne savais pas encore qui j’allais rencontrer ce jour-là. Diva je la connaissais, une fois encore, cachée à travers des lignes qu’elle raconte à qui veut bien se laisser magnétiser. Alors il m’a fallu un moment pour comprendre. La voir.

Diva est grande.

Diva est si grande qu’elle rend boudeuses les perspectives de la ville. Magnanime pour les bâtiments, elle m’avait donné rendez-vous, bien sûr, entre un opéra et un phallus de pierre. A eux deux, ils ont à peu près réussi à soutenir la comparaison. Diva s’est arrêtée entre les deux. M’a souri. Et a décrété dans un langage humain qu’on allait prendre un verre.

Je fais rarement bonne impression au premier abord. Là, ça a été pire que tout. Parce que mes neurones grillaient à tenter de faire rentrer cette apparition dans ma réalité. De ses vêtements de princesse de l’espace à son maquillage de contrées lointaines si lointaines. Tout ça dans un grand éclat de rire. Mais j’ai embarqué quand même. Pendant une heure on a parlé. De tout, de rien. Des milliers de poussières dont discourent les humains en général et les amis en particulier. Et chaque mot, chaque anecdote, elle le déguisait d’une de ses excentricités. Même le café s’est pris au jeu et cette station à boissons toutes faites a décidé de ressembler à un boudoir version trash=branchée.

Et lorsque Diva s’est enveloppée dans ses draperies, qu’elle a quitté les lieux en laissant dans son sillage un parfum qui faisait crépiter les neurones, elle s’est retournée vers l’assemblée et a dit au revoir.
C’est là que quelque chose a changé.

Diva : personne de sexe féminin, pour qui la réalité est trop petite, mais qui ne s’en aigrira jamais.

Parfois on rencontre, par accident, des personnages mythiques, qu’on a attendu toute sa vie. Et une ou deux fois dans une vie, ils sont à la hauteur de leur légende.

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3 réflexions sur “Diva

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