Portrait, essai

Ca fait longtemps que je n’ai pas tenté. Si j’étais édité par Albin Michel, je dirais que c’est pour le côté rétro. Je suis moi, je dirais juste que c’est un cadeau à mon adolescence.
« Elle se découpe dans le flou ambiant. Scalpel. Les matériaux de constructions sont rares et chers. Ont été utilisés avec parcimonie. Sur le canevas des os – découpés à grands traits – la peau a été tendue, grand-peine, aux pommettes. Elle n’en n’a cure, l’utilise avec le mépris de l’économie propre à une certaine noblesse. Peut-être, sans doute, est-ce pourquoi le front déjà patine. Accumule l’endurance. Tandis que les yeux acier jaugent. Interrogent. Mais rarement tranchent. Le métal reste au fourreau ; tranquille assurance du maître pour qui chaque dégaine appelle la faiblesse. Qu’importe : c’est en ces lieux que réside la puissance. 
Sous un nez curieusement atone – barrière à l’extérieur – les lèvres s’étirent trop souvent pour qu’on n’y voit pas une grimace au hiératisme qu’elles appellent. Ce sont des lèvres qui devraient ne s’ouvrir que pour énoncer des sentences. Elles ont pris leur liberté. Etreignent la vérité de la voix. Qui n’est ni minérale ni aérienne. Le timbre provient du plus profond du corps – enraciné – et parcourt la trachée sur toute la longueur pour s’épanouir. Un peu sourd forcément. Le voyage le fatigue. L’apaise. Et le déploie, refrain que tous connaissent. Et écoutent, en étrange recueillement. Il y a une ancienne magie en ces vibrations. Celle des premiers chants. 

Un visage de capitaine qui repose sur un corps profilé pour affronter les tempêtes. Comme si, des yeux, quelques paillettes d’acier s’étaient déposés, avaient renforcé un roseau. Les gestes ont gagné en assurance ce qu’ils ont perdu en souplesse. Les mouvements s’écrivent en preste précision. Ménagent leurs effets. Il faut les lire, si on veut s’y conformer. On les lit, on s’y conforme. Parce qu’on a la certitude qu’ils mèneront à bon port. C’est un corps qui occupe l’espace mais refuse de s’y imposer. Qui existe sans irriter. L’antithèse du peuple flou. 

Un déchirant contraire. »
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