Björk, Biophilia

   Björk. 
Casse-gueule d’en écrire davantage. Parce que poncifs, parce que monument, parce que trop. Björk est l’une des rares artistes à mettre en scène un truc passablement emmerdant : les projets artistiques. J’ai souvent eu ce fantasme d’un film mettant en scène non pas la genèse, mais l’écriture en tant que telle d’un roman. Ca durerait des dizaines d’heures, ce serait une torture d’ennui. L’écrivain à raturer l’écran, fouiller dans les diverses merdouilles qui encombrent son bureau, glandouiller en matant le plafond avant d’aller se faire un sandwich. Et ainsi de suite.
On pourrait faire de même avec la musique. Sauf si la musicienne s’appelle Björk. Parce qu’il y a une raison très précise pour laquelle Björk a été la première artiste que j’ai écouté de moi-même (Homogenic, en classe de Seconde… Il m’a fallu du temps) : cette raison s’appelle le rituel. 
Que ce soit à travers sa voix, son image ou ses albums, elle va s’emparer de chaque élément et le mettre en scène, nous le présenter et nous démontrer à quel point cette note-ci est primordiale, cette pochette-là ne peut être omise pour une bonne compréhension du morceau. C’est super intimidant. A tel point que nombreux sont les admirateurs de la chanteuse à ne jamais avoir écouté l’un de ses albums en entier. Ca n’est pas la pire façon de l’apprécier. Sorcière Björk, je n’en doute pas. Femme d’affaire aussi, le moindre de ses titres donne lieu à divers singles remixés de façon plus ou moins heureuse. Nul doute que Biophilia connaîtra un destin similaire. Je n’évoquerai pas le côté interactif de cette oeuvre, ce qui, au passage me semble une preuve de son succès. Les applications de Biophilia disponible par téléchargement approfondissent l’expérience sans la corseter à la technologie. Parce que comme toujours avec Björk, c’est de musique qu’il est question.
Vivisection.
En musique mais vivisection quand même. Chaque instrument, chaque effet, chaque son est posé sur la table, le vivant dépiauté au néon. Björk nous montre ce que chaque vibration a dans le ventre, l’amplifie, l’étouffe, la déforme. Simplicité presque anxiogène. Il y a un monde, un écosystème dans le la, le ré, le do. On repense avec effroi à d’autres albums – les siens, d’autres – à ce gâchis de notes à peine effleurées quand il y a temps à explorer. Un peu trop d’ailleurs. Les morceaux constituent autant de couloirs, de labyrinthes que l’on ne quittera pas avant de les avoir explorés dans les moindres recoins. Survol de Biophilia interdit, on n’y trouverait pas le moindre intérêt, on éreinterait cette bouillie indigeste et indigente. A l’auditeur aussi de se soumettre au rituel, de se pencher sur le chaudron de la sorcière, la table de la chirurgienne. Et malgré les vapeurs, en dépit du scalpel, la musique reste singulièrement vivante. S’adresse à nos tympans-entrailles-souvenirs. Agace ou fascine. 
On pourrait, et on aurait raison, reprocher à Björk d’oublier l’ensemble, à trop jouer avec la moindre note de musique. Elle n’en n’aurait cure, les thèmes de Biophilia en sont la preuve. La musicienne a voulu créer un album-monde, ses compositions tenant lieu de ciel, de terre, de molécules et de protéines. Les paroles se fondent en son primordial, oui, elle se voit démiurge en toute simplicité. Le spectacle de la création n’a pas à être beau ou esthétique, mais tout simplement exaltant. Il l’est.
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