Cher Matt – Bon anniversaire

(NB : Matt Smith est l’un des interprètes de la série Dr Who dont je vous rebats sempiternellement les oreilles)
Cher Matt Smith.
Après-demain, vendredi 28 octobre 2011, tu auras 29 ans. Ca fait beaucoup de chiffres. Je suis nul en chiffres, mais ceux-là je les retiens parce qu’ils me concernent autant que toi. Après-demain, vendredi 28 octobre 2011, j’aurais 29 ans. Je me demande Matt. Je me demande si toi aussi tu vois ça comme un âge soldé. Tu sais. 29 pour par dire 30. Pour qu’on le prenne sur le portant et qu’on passe en caisse, même si on n’est pas vraiment sûr de le porter. Ca ne coûtait que 29 ans.
Comme je t’ai posé une question, je suppose que tu en as le droit à une. Pourquoi c’est à toi que j’écris, d’autant plus que tes chances de lire ce billets sont on ne peut plus minces.
J’aurais pu dérouler mes tourments existentiels à un ami. A un parent. A quelqu’un de mon âge. Mais ça ne marcherait pas. Tu es la personne la plus proche de moi – un samedi par semaine dans mon salon, ça compte – à savoir ce que ça fait, d’être du 28 octobre. C’est une date bizarre hein ? Pas franche du collier. Milieu de cet automne qui se déroule sans qu’on aperçoive encore le bout du nez de l’hiver.  No man’s land saisonnier, Perséphone fait la gueule. Aux Etats-Unis, ils le peuplent avec Halloween. Ca a vite glissé de ce côté-ci de la Manche. Du coup on ne fait rien le 28 octobre, à part se préparer à fleurir les tombes, si l’on est tellement méticuleux que ça en frise la névrose. Une date floue. On n’en sort jamais.
Matt, sur ta page wikipedia, on raconte pas mal de trucs. Que tu es né à Northampton, ville célèbre en particulier pour son industrie de bottes et de chaussures. Je suis né à Pau, ville célèbre pour le Jurançon et le château d’Henri IV. Un point pour moi.
Il paraît que tu étais bien parti pour devenir joueur de foot professionnel. En d’autres circonstances, j’aurais peut-être saisit ton nom d’une oreille devant le Canal Football Club – Guillaume regarde le Canal Football Club le dimanche, c’est le signal que le week-end est terminé et que je dois commencer à angoisser – je me serais dit que c’est un nom super banal et j’aurais zappé.
De mon côté, j’étais mal parti pour dépasser d’une demi-tête dans l’univers du judo. J’ai commencé en CP, j’aimais bien. J’étais nul mais j’aimais bien. Pas assez agressif. Mon souvenir des combats, c’est une sorte de brouillard, mon adversaire a trop de bras, de jambes. Matt c’est comme vouloir danser avec un arbre, ça attrape ça écorche, c’est ridicule. J’aimais bien. Mon corps moins, il a décidé de stopper après une fracture au sternum. Toi tu t’es pété le dos paraît-il. Des excuses, toujours des excuses, pas vrai ?
Du coup tu te lances dans le deuxième domaine où tu es doué, le théâtre. Du coup, j’arrête le deuxième truc dans lequel je souffre horriblement, le piano. Tu avais un prof pour te soutenir, j’avais mes parents. T’as du bol que ça t’ait plu, le théâtre. Je pourrais être jaloux et bougonner que j’aurais eu tes opportunités, je ne serais pas le cul vissé sur ma chaise à t’écrire ce billet. Mais on sait tous les deux qu’à  presque 29 ans, ça ne serait pas sérieux. Le piano il n’y avait rien à faire. Je pense que j’aurais pu tripler la misérable – à tous les sens du terme – demi-heure que mes parents exigeaient de moi chaque jour, ça n’aurait rien changé. Je n’entendais pas la musique. Alors je devais apprendre des pages entières de code fa la ré do la mi fa la ré do mi ré si do la mi fa la ré do la mi ré mi ré fa mi ré la ré. Et à peine une mémorisée, pas le temps d’y prendre un quelconque plaisir. J’avais rempli l’objectif colonel, on passait à un déchiffrage suivant, si possible plus complexe. Toi le théâtre moi le piano, c’est peut-être là qu’on n’a plus eu en commun que nos âges.
Tes études et tes premières pièces. Mes études ma classe prépa. Je ferais bien le pari que tu t’es éclaté dans tes premiers « vrais » moments sur scène. En tout cas j’ai adoré ma classe prépa. J’ai arrêté de voir la vie comme un truc dont tout le monde avait le mode d’emploi sauf moi, je me suis essayé à l’amitié – avec des succès variables – j’ai rencontré la fille la plus merveilleuse de toute la création (un milliard de points pour moi), j’ai failli croire que le milieu universitaire était ma voie.
Tu as découvert le petit et le grand écran, j’ai découvert Paris. Avec tout ce que ça implique de vertige, de stress, d’horreur, d’exultation. J’ai vécu en ermite là-bas. Je me dis que c’était finalement une solitude choisie, consentie. Ermite au milieu des gens. C’est là que j’ai vraiment commencé à aligner des mots. A me dire que ça, ça n’était pas des lignes de code fa do sol la mi do. Le reste est aussi inepte, intime et merveilleux que toute autre expérience humaine, je te prie de le croire.
Ah si, je suis passé par le théâtre aussi. Un peu. Me suis barré par trouille, le reste des points pour toi.
Vies actives. Autre point commun : on évolue actuellement dans deux milieux absurdes et déraisonnables. Toi dans les cerveaux clapotants des scénaristes de Dr Who, moi dans les méandres de l’Education Nationale. Je ne sais pas lequel des deux joue le rôle le plus barré.
Mais on en est arrivé là, frère du flou. 28 octobre 1982. Tu as vu ? Il y a un peu de symétrie à chaque bout.
Bon anniversaire, Matt.
Hugo
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4 réflexions sur “Cher Matt – Bon anniversaire

  1. pour le rôle le plus barré, je tiens le pari que nous sommes finalement plus proche de la 4ème dimension que ton cher Docteur ^^.

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