The world is my lesbian wedding !

… saluons donc le retour de notre grand jeu concours « trouve la citation et plus vite que ça, feignasse ».
Or donc, circule depuis quelques jours sur Internet en général et les réseaux sociaux en particulier une image d’assez bon goût et plutôt rigolote.
Mon premier mouvement a été, après le rire jovial de circonstance – oh oh oh, mais où vont-ils chercher tout ça ? – de partager, aux côtés des photomontages de moi en train de parler littérature avec Thomas Dekker ou de mes statuts « le prochain qui m’envoie une invitation F*rmville, je lui enfourne son navet virtuel quelque part. »
Et vous n’allez pas me croire, mais j’ai eu comme une hésitation. Non pas à cause de ma haine immodérée pour le footcheball, mais tout simplement parce que le mariage gay, je n’y avais jamais vraiment pensé. Alors certes, c’est peut-être pousser la réflexion un peu loin pour une bête image mais tout de même. Au vu des échéances électorales qui se pressent à notre porte, tout cela mérite peut-être que l’on en parle.
Où l’on remarque que la légalisation du mariage homosexuel est un sujet aussi casse-gueule qu’une visite de DSK à un congrès de Biba. 

Le premier souci vient de tout ce que le mariage évoque. Cette noble institution traîne derrière elle une imagerie impressionnante. Je prendrai très égocentriquement mon exemple. Lorsque je pense mariage homosexuel, les premiers millièmes de seconde, je visualise un mec en robe de mariée. Alors oui, honte sur moi, les intérieurs de mes synapses sont pourris, mon cervelet s’appelle Eric Zemmour. 
Mais tout de même.
Tout de même on nous représente perpétuellement le mariage avec ses afféteries diverses et hollywoodiennes, demoiselles d’honneur, bouquet, église et tout ce qui s’ensuit. Et c’est justement sur ce côté, gnangnan mais incontournable que jouent les homophobes de tout poils à grand renfort de « caricature », « sacrilège » (ça c’est rien que la faute au mariage qui n’arrive pas à décider s’il est un sacrement religieux où une union civile. Il faudrait deux termes différents pour l’un et l’autre), « ridicule », j’en passe et des plus colorés. Que dans les faits, les robes de mariées tendent à être remplacées par des tailleurs et que l’on cesse de jeter du riz parce que Berthe en a reçu dans son oeil de verre ne change rien. Le mariage c’est blanc, souriant, lors d’une journée ensoleillée.
Si l’on tente de se rabattre sur le légal, l’officiel, alors le mariage devient dans l’imaginaire collectif une cérémonie grise et grinçante. Et à ceux qui tentent d’expliquer le contraire, on leur faire comprendre qu’ils sont byzantins, et que le combo PACS + fête entre potes est tout aussi efficace.   
Par ailleurs, à plus ou moins long terme, le mariage est synonyme de chiards à venir. On commence peu à peu à sortir de cette idée, mais elle reste en filigrane. Et là, on ramène sur le tapis le débat de l’adoption – que j’estime nettement plus important, mais ne dérivons pas – ce qui rend la question encore plus sujette à polémique. 
Enfin, on aura aussi les acharnés du code civil qui pointent du doigt deux lignes indiquant que le code du mariage fait référence au terme de « père » et « mère ». Je ne leur ai pas fait l’honneur d’aller vérifier et me contenterai de rappeler que depuis Moïse, nous avons quelque peu évolué et qu’il est nettement plus simple maintenant de modifier la législation qui, dans ma vision bisounours des choses, a pour vocation à s’adapter aux peuples qu’elle guide et non l’inverse.
Où l’Etat se retrouve un peu enquiquiné. Quand même. 

Bien sûr la ligne de défense la plus raisonnable pour les défenseurs du mariage gay est d’évoquer l’égalité des droits : devoir recourir à des biais bancals pour s’unir à la personne que l’on aime est irrecevable dans un état de droit.
Alors le camp des pro-mariage gay lève ses petits poings rageurs vers les fenêtres de l’Elysée et exige des réponse. Demande justice.
Demande justice ?
Quand la confusion s’installe, il est toujours bon de bien écouter les mots prononcés. Et au fil des reportages, des manifestes et des langues qui s’agitent, revient toujours la même demande : « on veut ce que tout le monde a. »
Ha !
Nous y voilà. Le mariage est l’union de deux personnes. Qui vivront ensemble sans que personne ne se pose de questions. Et là, nous touchons du doigt un point essentiel.
Un couple homo. Vivant ensemble depuis plus longtemps que beaucoup de couples hétéros. Le quotidien s’est installé, partage nos vies, tout simplement.
Ou presque.
Parce qu’il reste toujours cette interrogation. A l’arrière du crâne. Quand je lui prends la main en sortant du ciné, que ils s’embrassent dans un lieu public sur un coup de tête. « Qu’en pensent les autres ? » Oh bien sûr c’est fugace. Une fois de plus, quelques millièmes de seconde. Mais des millièmes qui persistent, ne s’effacent jamais.
Légaliser le mariage homosexuel, ce serait peut-être espérer que la loi peut atteindre le fond du crâne. Effacer ces fragments d’instant. En est-elle capable, la loi ? Et je comprendrais, homme de pouvoir, que cette question soit embarrassante, au point d’hésiter à légiférer dessus. 
(bon, même si je pense qu’actuellement, le gouvernement n’a juste pas super envie de permettre aux pédés de se marier, point barre)
On en revient toujours à ce terme galvaudé : le droit à l’indifférence. Auquel les homosexuels devraient avoir accès. Autant que les femmes, les noirs, les beurs, les handicapés…
… et les seigneurs du temps !
Où l’on conclut inutilement

Je pourrais difficilement être contre la légalisation du mariage gay. Parce que ce qu’il sous-tend, c’est avant tout l’espoir d’un changement des mentalités. Alors bien sûr, vouloir s’attaquer aux opinions par la loi a un côté ridicule, mais avons-nous le choix des armes ?
Ma plus grande crainte – comme pour toutes les démarches militantes – est de voir cette demande créer une crispation du camp adverse et donc, arriver à l’inverse du résultat escompté. 
C’est une exigence qui n’aura de sens que si elle s’inscrit dans quelque chose de plus vaste. Une lutte au quotidien, nettement moins sexy médiatiquement que ce genre d’actions (qui restent essentielles je le répète) contre des insultes, des ricanements, ou des regards un brin insistants. 
Plus qu’à changer le monde, finalement.
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