Mes amis imaginaires : chapitre 1, GLaDOS

   … ou l’inauguration d’une section toujours plus geek, toujours plus absurde, toujours plus à même de fuir les quelques rares courageux qui viennent encore rendre visite à ces pages.
C’est ici que je lance un coucou enthousiaste à ces vivants sans entrailles – sans entrailles mon oeil – ces personnages inventés par d’autres, qui transitent quelques jours, mois, années par les couloirs de mon imaginaire. 
Et je n’entame pas cette rubrique par l’être le plus touchant, le plus important ou le plus réussi. Je commence par qui je veux. D’abord.
Fiche signalétique

Nom : GLaDOS (Genetic Lifeform and Disk Operating System)
Occupation : Intelligence artificielle, Coach aux méthodes un brin extrême, chef de choeur d’un orchestre improbable.
Issue de : Portal, Portal 2 (jeux vidéo)
Signes particuliers : Pénible. Très. 
Le jeu Portal pourrait être le successeur de Tetris. A savoir que vous entamez une partie, pour voir, vous regardez l’horloge et là, paf, trois heures de votre vie ont été aspirées dans le néant. En gros, vous parcourez des pièces remplies d’obstacles. Vous avez à votre disposition un appareil qui est capable de créer des portails, de deux types : des bleus et des oranges. Toute personne ou objet entrant par le portail bleu ressortira par le orange et vice-versa. C’est bête à pleurer, efficace et bourré d’imagination. Les développeurs auraient pu se contenter de ça. Seulement non. Ils ont décidé – suite à une intoxication au monoxyde de carbone, je pense – d’y inclure un scénario. 
A partir de ce point, les quelques rares qui souhaitent y jouer, allez vous-en, je gâche l’histoire. Eh oui, c’est triste mais c’est comme ça.

Le scénario tient sur un timbre-poste plié en douze. Chell, l’héroïne, est destinée à devenir un cobaye testant la machine à portails sous la supervision de GLaDOS. Et seulement elle (au vu de sa voix de synthèse et de son caractère de merde, on optera pour le genre féminin). Le centre de tests est un désert humain. Et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le super-ordinateur y est pour quelque chose.
GLaDOS pourrait être la petite copine de HAL, le monstre de 2001. Avec cette donnée supplémentaire : on a fourni à GLaDOS ce qu’elle appelle un « module de sarcasme », dont elle ne se prive pas de faire usage. Face à cet ennemi omniscient, omnipotent, qui la fait évoluer dans une sorte de supplice kafkaïen, Chell opte pour la meilleure réaction possible : le mutisme. Jamais au grand jamais elle n’ouvrira la bouche pour répondre à GLaDOS, toute entière à sa tâche : quitter le centre de tests.
L’ordinateur sera donc le seul être doué de parole ou presque dans les deux jeux. On sent très vite que ce privilège lui est insupportable. Tout est bon pour faire réagir Chell. De la douceur à la moquerie en passant par la condescendance, GLaDOS est partout. Elle observe les mouvements du joueur, commentant ad nauseam ses moindres erreurs. 
Ca n’est jamais agressif. On ne fait pas perdre ses moyens à une intelligence artificielle, surtout lorsqu’elle a décidé de vous faire craquer. Et c’est de cette torture verbale constante que naît l’hilarité. Plus encore dans le deuxième volet du jeu où, après avoir réussi à désactiver une première fois GLaDOS, Chell est à nouveau soumise à ses épreuves tandis que la voix métallique commente tranquillement que, des deux ennemies, ce n’est pas elle la meurtrière. Pas encore. Et en attendant le moment où l’avatar du joueur décèdera d’une chute malencontreuse ou des suites d’un piège mal placé, la démiurge explore avec gourmandise les ressources de la vexation, du langage et des procédés de style : 
« Vous savez, lorsque j’ai parlé de débris qui trainaient dans le centre tout à l’heure, c’était une métaphore. Je vous identifiais implicitement au débris. Comme je n’étais pas sûre que vous connaissiez le fonctionnement d’une métaphore, j’ai préféré vous l’expliquer. Bien sûr je vous ai à présent vraiment traitée de débris. Ca fait deux fois. »

Le tout énoncé d’une voix monocorde et métallique qui annule toute possibilité de second degré. GLaDOS est hargneuse, pénible, revancharde, elle n’a même pas de corps, mais elle possède une indéniable qualité : elle est la seule à parler. Dans cet environnement inhumain de verre et de métal, elle est ce qui ce rapproche le plus d’une présence. Elle devient tout aussi indispensable qu’haïssable. On attend ses interventions comme autant de récompenses quand bien même elle affirme que « Vous avez la grâce d’un aigle. D’un aigle qui piloterait un dirigeable. »
Peu importe que l’histoire soit par la suite étendue, ou que Chell soit poussée à une alliance improbable avec sa tortionnaire (qui sera un temps emprisonnée dans une batterie-patate, si si) : on est déjà captif volontaire de cette instance désincarnée, dont on jurerait parfois, l’espace d’une picoseconde, que ses insultes renferment une petite part de plaisir.
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