Archivage effectué, don possible

Ca me déchire – entrailles perforées à coup d’ongles rien que ça. Et j’emmerde copieusement ceux qui prennent déjà leur souffle pour me demander ce que foutent mes intérieurs devant la misère du reste du monde. Ils ne foutent rien, c’est mon cerveau qui fait le boulot dans ces moments-là. 
Mais pas pour Londres.
Parce que Londres s’est greffé en moi. Je n’y avais pas encore posé l’orteil que déjà elle me courait sous les veines. Façon grandiloquente.
Londres. Une ville qu’on fréquente d’abord dans des pages invite forcément au délire. Londres aux rues noires de la crasse du mystère. Londres à laquelle tout le monde peut accéder, bien sûr, par un placard au fond d’un petit appartement sis Baker Street. Ou bien, si l’on est trop pressé, non-fumeur, anti-héroïnomane, on peut toujours y tomber à travers une station de métro. Et tant d’autres passages. Londres la ville qui colonise un coin de vos synapses, son brouillard y flottera quoi qu’il arrive.
Londres qui tient vaillamment la comparaison avec votre paysage de fiction lorsque vous la découvrez enfin. Patelin patchwork post-moderne et passéiste. Londres où mêmes les allitérations sont encore d’actualité. Et déjà dépassées. Où les rues succèdent aux pubs qui succèdent aux palais qui succèdent aux théâtres qui succèdent aux maisons qui succèdent aux métros qui succèdent aux rues qui succèdent aux pubs qui succèdent aux palais qui succèdent aux théâtres qui succèdent aux maisons qui succèdent aux métros. On peine à y distinguer quoi que ce soit, on peut tout y voir. 
Londres tellement foutraque et démesuré que la seule façon de s’en sortir est de fabriquer son propre Londres. Même les noms vous égarent, au coin de leurs histoires : Shepherd’s Bush, Black Friars, Seven Sisters… Londres où ce doit être difficile, sûrement, de vivre tous les jours. On doit s’y oublier. 
Je ne connais pas Londres, je ne connais que ma Londres, j’aime ma Londres. Sa dimension voisine bien sûr avec notre réalité. Alors quand on déchire, tord, émiette la vraie Londres, pour des raisons que je ne connais pas et dont je ne peux que me foutre parce que je n’ai aucun pouvoir dessus, les chocs se font sentir jusque dans ma réalité à moi. 
J’ai archivé, rangé, préservé et banni ma Londres. Le temps qu’il faudra. Si seulement il suffisait de la superposer à Londres France 3, Londres Le Monde, Londres France Info pour effacer ces hurlements de moins en moins cohérents, j’y introduirais mes rues, mes impasses, mes odeurs de sandwicheries dégueulasses, mes habitants mi-agacés mi-souriant. Je la peuplerai des excentricités d’Holmes, déchiffrés tard sous les draps, des aventures de Richard et Porte, parcourus il y a si longtemps avant d’aller en cours, des phalanges de David Tennant entre mes doigts lors de cette soirée, des bouquins écornés achetés à la va-vite lors d’un voyage de classe.
C’est tout ce que je peux apporter à la réalité. Voudrait apporter à la réalité. Londres crie, ça vrille les tympans.
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