New York, 2 mai 2011, 20h30

Le loueur de costume me tend le sac. C’est un sachet de plastique blanc. L’une des anses, déjà, se déchire. Je devrais le reposer sur le comptoir. Lui dire que je peux porter la veste et le treillis à la main. Que ces sacs sont l’une des causes majeures de la pollution des égouts. J’ouvre la bouche, mais je me rends compte que je ne trouve pas mon portefeuille. Je tâte mes poches. Bosse dure dans la gauche. Normalement je ne le mets jamais dans la gauche. Je paye, je prends le sac, je sors de la boutique.

La température au dehors est décevante. J’ espérais humide. Suffocante peut-être. Effet de serre. Je n’ai le droit qu’à un mois de mai.
Trois cent mètres à droite. La ruelle. Aussi calme qu’au matin quand je l’ai visitée. C’est elle qui m’a donnée l’idée. Non, bien sûr. C’est elle qui a déclenchée l’idée qui dormait rampante dans un coin du cortex. J’enjambe les poubelles qui la barrent. Un couvercle bascule ; fracas. Rien d’autre. Je déchire le sachet qui s’envole au diable. Je dépose ma tenue au sol. Je me déshabille.
En chaussettes, à cloche pied, une jambe de pantalon retirée. Le sacré me tombe sur la tête. Ce que j’accomplis envahis le moindre neurone propage l’allégresse en influx nerveux. Ne pouvant faire mieux, je sautille et glousse. Le pantalon cède enfin, je l’abandonne, je l’ai déjà oublié. N’existe que le treillis et son odeur de renfermé – de sueur. De déjà porté. Les porteurs d’avant me colleront à la peau. Tant mieux.
La veste est plus propre. Plus grande aussi. Ca n’est pas grave. Au moins elle démange. Plus que le sweat-shirt vert, par terre dans la flaque. Je l’ai porté. Il a été moi mais plus jamais.
Il y a un soleil dans mes poumons. Cette fois pas de couvercle qui tombe lorsque je sors de l’allée. Les trottoirs défilent, les voitures m’admirent. Preuve elles s’arrêtent lorsque je traverse. Pas une seule pour me renverser. Il y a des piétons, déjà. Des filles aussi. Et vous voulez que je vous dise un secret ? Ils tournent la tête. Mais je ne me laisse pas avoir, je continue à courir. C’est important. Il faut remonter le courant humain. Toujours plus dense, toujours plus inerte, près de la source. 
Mais je suis si puissant. Si évident. Ils le sentent tous. Ils se retournent de plus en plus. GI. Sur toutes les lèvres maintenant.
J’y suis. Au début de tout. Au point d’origine. J’étends le bras. La foule se tait. La foule sait. Je leur tourne le dos. Mais ils devinent. Les muscles du visage qui s’affaissent, les pupilles passent cristaux liquide. A un moment, même, je me dis que certains voient l’étiquette qui dépasse de la veste. Qui dit que tout ça doit être ramené demain, faut pas déconner non plus. Mais de demain, il n’y aura pas. 
Le sanglot me sort de la gorge. Résonne en onde de choc s’étend. Les corps frémissent les entraillent se tordent. Ce que j’impose est trop douloureux. Alors je me retourne. Mes lèvres s’étirent sourire courageux.
Il n’en peuvent plus.
Quatre paires de mains s’emparent de mon enveloppe. Me soulèvent et déjà je me dissous. La joie anéantit la peau. Je ne suis ils ne sont que liesse. Quand la liesse retombera je ne serai plus. Qu’importe.
Imposture.
Et extase extase extase ! 
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