Donna

Je suis une chochotte.

Et vous savez quoi ? Il faut en avoir, pour être une chochotte. Dans le domaine de la fiction en tout cas. Je ne parle pas bien sûr de fondre en larmes devant le début de Bambi, de lire du Nerval au milieu d’une fête champêtre ou de garder la chambre parce qu’on vient de terminer La Métamorphose. Non. Etre une chochotte en fiction, c’est se laisser envahir. En permanence. Pour rien.
Recevoir aux entrailles la moindre créature. Pixels papier ondes. Lui accorder droit d’existence – adresse lobe frontal, sous cuir chevelu clairsemé. Ils ne sont pas vous. Ca serait trop simple. Ils empruntent justes les centres nerveux, les hormones. Vous leur demandez d’arrêter. Ils n’écouteront pas, ils n’écoutent jamais. Jusqu’à ce que l’histoire – la leur la leur toujours – se termine. Et là ils lâchent. Câbles, nerfs, vaisseaux. Disparaissent, même pas en fumée. Et vous êtes vide. Plus vide encore que l’autre, qui servait de berceau à la bestiole. Et on se dit que non, non, c’est nul. C’est ça être une chochotte. 
Exemple. Le dernier en date.
Donna. Donna c’est l’avant-dernière assistante en date du Dr Who, série dont j’ai déjà parlé dans un billet qui fera ma fierté post-mortem et la joie des contrôleurs fiscaux de mes descendants. Jusque là, le docteur était sympa. Honnête. Il me donnait ma dose de peur, il existait entre mes tempes. Trois quart d’heures la séance. Correct.
Ca jusqu’à Donna, donc. Donna, intérimaire londonienne. Donna qui habite chez maman (qui ne la fout pas dehors, après tout on s’habitue). Donna pas très jolie. Pas spécialement futée non plus. Et Donna pourtant spéciale, si spéciale. Donna qui partira en voyage dans la boîte bleue elle aussi, après la plus mémorable scène de mime de l’histoire de la télévision. Donna, finalement, qui va  se mettre à oser exister. A faire le lien entre le Docteur et nous. Parce que Donna aussi trouve ça ridicule, ces extra-terrestres qui ont une vizirette à la main. Elle les trouve dégueulasses ces scarabées géants qui s’accrochent à votre dos.
Et c’est trop tard. Détourné. Installée au centre de l’occiput. Et la joie de la savoir là ça n’est que de la trouille. Parce qu’elle s’en ira vite. Trop vite. Et à ce moment là il y aura comme un filtre gris. Un nuage de pas envie. La perte de quelque chose qui n’existe pas. La douleur de la chochotte.
Donna quoi.
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