Sucker Punch : le film qu’il te guérit du cinéma et du second degré la même soirée

Ca n’est un secret pour personne, le mauvais goût et moi, on est pas mal copains. Copains qui s’engueulent parfois. Parfois je sors au mauvais goût « Non putain t’es marrant mais parfois t’es méga-lourd comme mec. »
Là, je crois qu’on va carrément se rayer de nos facebook mutuels, à tel point on s’est engueulés l’autre jour. La cause de la dispute ? Le dernier film de Zack Snyder, j’ai nommé Sucker Punch. D’après notre ami Wikipedia, Sucker Punch est un coup qui ne laisse aucune opportunité de parade. Alors à moins qu’il n’ait cherché à faire de ce titre un monument à l’antithèse, Snyder n’aurait pas pu trouver titre illustrant moins les environs deux heures qu’il inflige à des spectateurs innocents. 
Je passerai pudiquement sur les raisons qui m’ont entraînées à voir ce film (sur lequel je n’avais aucun a priori, ayant plutôt apprécié Watchmen) et me concentrerait plutôt sur ce que j’ai vécu, ou plutôt subi. Petit être encore désireux d’aller te confronter à ce film, il est temps pour toi de plier bagages.
Les signaux d’alarme ont commencé à s’allumer dès le début. La séquence d’ouverture rappelle un clip d’Evanescence où tout autre groupe qui aime chanter d’une voix de pulmonaire sous la pluie en essayant d’attirer des corbeaux innocents. 
Au début – au début seulement parce que Sucker Punch c’est grave plein de rebondissements que même pas tu vas en revenir – on nous raconte l’histoire d’une illustre inconnue dont on ne connaîtra que le pseudo, Baby Doll. Baby Doll, elle est achement triste tu vois. Elle est orpheline et son vilain beau-père, après avoir tué sa soeur, la fait interner, pour mettre ses vilaines griffes sur l’héritage familial. Perso, je ne serais pas allé jusqu’au meurtre pour hériter d’une vieille baraque dégueulasse fuyant de partout, mais passons. Chacun ses goûts.
La séquence d’ouverture, donc, est muette et te permet d’apprécier les nénés le visage de Baby Doll. Autant te prévenir tout de suite, c’est pas la nouvelle Audrey Hepburn, niveau performance scénique. Sans doute parce qu’elle est trop concentrée à garder TOUT LE TEMPS la même PUTAIN D’EXPRESSION. TOUJOURS. Pour faire simple, commence par faire le poulpe avec tes lèvres. Tu les gonfles. Encore. Encore ! Une fois que tu les sens prêtes à exploser, imagine que l’intégralité de l’équipe de Plus belle la vie vient de recevoir la médaille des Arts et des Lettres et que les aventures au Mistral seront désormais enseignées au Collège. Voiiiiiilà.
Une fois qu’on a bien pigé à quel point la vie de Baby Doll est grave foutue, intervient ze mega plot touiste que tu ne le devines pas sauf si tu as vu un tout petit film ultra confidentiel et pas connu du tout : Brazil. Au moment où Barbie Grosses Lèvres va se faire lobotomiser (ouais, comme le spectateur à la fin), sur les ordres du vilain Blue, l’infirmier, le temps se fige et on passe dans une autre réalité.
Baby Doll devient une innocente larguée dans un bordel au milieu d’autres prostituées. Genre t’es trop en train de te demander ce qui se passe sauf, une fois de plus, si tu as vu ce tout petit film ultra confidentiel et pas connu du tout.
Les autres prostituées sont également anonymes. Pseudos à nouveau : Sweet Pea, Blondie, Rocket, Amber… Oh mon dieu Snyder est trop dans une démarche militante, engagée, qui dénonce l’objectivation de la femme dans la culture populaire.
Mouais.
Ah oui au passage, le vilain infirmier Blue est, dans cette réalité là, un mac (pas l’ordinateur, hein) et pour bien le montrer, on lui a dessiné une moustache au cirage.

Heureusement, Baby Doll n’est pas du genre à se laisser faire et se découvre un pouvoir. Quand elle danse, elle hypnotise totalement son public et passe ENCORE dans une autre réalité (bah ouais, quand t’as une bonne idée, tu tords le tube jusqu’au bout). Cette fois-ci, elle explore (avec ou sans ses copines), des univers qu’on dirait tout droit sortis de jeux vidéos… Non, virez le « on dirait ». 
Elles vont devoir remplir des quêtes dans ces mondes fantastiques et gagner assez d’expérience pour passer au niveau suivant et rassembler des objets dont elles ont besoin pour s’évader de l’asile. 
Comment le savent-elles ? Ah oui, un vieux sage l’a dit à Baby Doll dans un des rêves. Personnellement, un vieux sage m’explique des trucs alors que je suis raide fonce-dé en train de danser, je me méfie. Elle pas. Et donc il lui faut cinq trucs : une carte, du feu, un couteau, une clé et un truc super secret que le vieux sage ne peux pas dire mais qui je cite « requerra un grand sacrifice ». Autant dire que tu passes grave du temps à te torturer les neurones qui te restent pour deviner ce que peut-être ledit sacrifice. 
Les passages dans le « monde de la danse » sont censés représenter les morceaux de bravoure du film, les nanas devenant des amazones qui ne dépareilleraient pas au festival de cosplay de Limoges (je n’ai rien contre Limoges, je n’y suis jamais allé). Et donc, on est censé avoir des combats épiques.
Là, je tiens à rendre justice à Sucker Punch. Ce film m’a appris un truc. Mets une nana sexy dans une tenue affriolante avec un sabre à la main dans un décor chiadé. Fais-là se battre. Ben tu dois savoir filmer comme un dieu. Si c’est le cas, ça donnera Kill Bill.  Sinon, tu te tapes Sucker Punch. Preuve avec la toute première bataille, où Baby Doll abat tour à tour trois samouraïs géants. Je m’enquiquinais déjà au premier. J’ai eu l’impression d’assister à un clip filmé par le président de « Trolls, Lutins, Licornes et Collégiennes japonaises en culotte » (celui qui me trouve la référence gagne un carambar).
Le pire est la façon dont ces scènes nous sont assénées : une scène de combat, retour à la « réalité » (le bordel), une scène de combat, retour à la « réalité »… etc. Et puis bon, j’adore Starcraft et Dragon Age, mais je ne tiens pas particulièrement à les voir colonisés par ces pseudo-Xéna.
Parce que franchement, ces nanas sont un peu la honte des femmes fortes. C’est trop tristounet pour rivaliser avec Bayonetta, trop grotesque pour s’approcher de Noir, trop gnangnan pour loucher sur Kill Bill. C’est le rêve d’un petit garçon qui aimerait mettre de gros canons dans les mains de bombasses en string. Comme l’a dit un autre blogueur qui déchire tout et son contraire, on en sort avec l’impression dérangeante d’un « porno amateur où la fille n’avait clairement pas l’air consentante ». Et ça n’est pas la bande-son (un medley/massacre de chansons cultes dans lequel on se demande ce que vient faire la délicieuse Emiliana Torrini) qui arrange les choses.
On a aussi le droit à notre lot de répliques cultes : 
Le chef des filles dans le monde des rêves (le sage de la montage) descend un zombi nazi (oui je sais…) : « N’ayez pas peur de tuer… Ils sont déjà morts ! »
Le reste est à l’avenant. Après cette laborieuse escalade de violence (et quelques filles qui meurent parce que bon, quand même) OH MON DIEU LE RETOURNEMENT DE SITUATION AUQUEL TU NE T’ATTENDAIS PAS ou que tu avais oublié, trop occupé à agoniser cérébralement : le cinquième objet est en fait le sacrifice de Baby Doll elle-même. Mince, je me demandais pourquoi le vieux sage de la montage n’avait pas l’air jouasse en prophétisant… Et là tu te dis que c’est presque fini, que le truc touche à sa fin et là OH MON DIEU LE RETOURNEMENT DE SITUATION N°2 AUQUEL TU NE T’ATTENDAIS PAS NON PLUS ! Tout ne s’est passé que dans l’esprit de Baby Doll dans les quelques instants précédents sa lobotomie et là oooh mon dieu le retournement de situation n°3 mais sans majuscules parce que niveau étonnement, tu es déjà à fond avec le 1 et le 2 : le personnage principal de l’histoire n’est pas Baby Doll mais Sweet Pea, la plus mature et la plus sceptique des prostituées/internées de l’hôpital. Et là, Snyder qui sait visiblement à quel public il a à faire nous pond une fin assez prétentieuse et paresseuse pour nourrir de longues soirées d’absence parentale passées sur des forum de discussion : Baby Doll a-t-elle vraiment existée ou est-elle un ange gardien ? Sweet Pea (Les mêmes initiales que Sucker Punch, DIIIIIINGUE) s’est-elle vraiment enfuie ou retirée au fond de son esprit ? Comment la Directrice de l’asile a-t-elle été assez neuneue pour laisser l’infirmier en chef lutiner une dizaine de pensionnaires avant de se rendre compte qu’il y avait quand même un petit souci ? Les petits pois vont-ils augmenter ? Mais qui a tué Laura Palmer ?
Je ne résiste pas au plaisir de vous achever. Sweet Pea s’apprête à monter dans un bus pour échapper définitivement à l’asile lorsque deux policiers l’interceptent. Et là, le chauffeur du bus est dévoilé ! OMG comme disent les élèves à l’oral – les infortunés – c’est le Yoda du film ! Et le voilà qui va convaincre les flics tout en douceur.
« LE CHAUFFEUR-YODA : Messieurs cette jeune fille est avec moi depuis le début du voyage, il y a trois milliards de kilomètres, je ne pense pas qu’elle soit l’évadée que vous recherchez, malgré son signalement en tous points identique.
LES FLICS : Très bien merci, au revoir !
LE CHAUFFEUR-YODA : Non mais franchement, hein, c’est pas elle, et ce sang qu’elle a sur les mains, ce doit être de la sauce tomate.
LES FLICS : De la sauce tomate ? Après tout si vous le dites…
LE CHAUFFEUR-YODA : Oui oui, je le dis, c’est de la sauce tomate à première vue et sans examen approfondi, vous pouvez me croire. »
… Après ça, je ne me rappelle que de mes hurlements, de la bave le long de mes tempes (cherchez pas) et de la lumière du soleil, enfin. 
Il paraît qu’il faut pardonner, alors je pardonnerai à la Birthday-girl qui m’a amené voir ça parce qu’elle le vaut bien. Mais quand même. Ca me fait encore « ping » dans la tête, ce truc. Et me confirme dans ce que j’ai toujours pensé : un film de mauvais goût peut être un bon film. A une condition. Qu’il ne soit pas chiant.

Perdu, Mr. Snyder.

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6 réflexions sur “Sucker Punch : le film qu’il te guérit du cinéma et du second degré la même soirée

  1. J'ai honte, mais malgré tout le mal que j'ai dit de ce film, je fais partie des adolescent boutonneux qui ont discuté du film genre ATTEND J'AI LU UNE SUPER THÉORIE EN FAIT TU VOIS C'EST UN RÊVE ET QUAND ELLE DANSE EN FAIT ELLE FAIT DES STRIP-TEASES OU UN TRUC COMME ÇA.
    Sinon, si il y avait eu un bouton j'aime à cet article, je l'aurais défoncé à coup de maillet.

    u_u

  2. Mec (ou meuf)
    JE suis tombé sur ton article par hasard, et ca m’énerve, tu parles mal d'un film que t'a pas compris…Tu vois je suis illustrateur et graphiste, et je crois que t'a pas compris que ce genre de film c'est fait pour l'image uniquement. Le scenario on s'en fout la, le mec qui a fait ça tu l'a dit c'est pas un gros con, si tu veux du scenar t'a watchmen…la on s'en fout là…ce film y sert a montrer des meufs, des armes, de la baston, on s'en fou du reste, moi aussi j'a eu du mal a tt comprendre,j'ai trouvé ca un un peu vite-fait leur reve dans un reve, mais j'ai meme pas chercher a approfondir…par contre je sais pas si t'a vu mais les ES sont magnifiques.
    je trouve que ton article est ridicule, c'est comme se moquer du scenar de 300 par exemple, on s'en fout du contenu…t'es complétement a coté de la plaque…et pour ton passage sur évanescence (de merde) c'est n'importe coi, quand on te demande de dessiner une ambiance (meme pour un film)et de l’exagérer ça donne ça…
    alors bon les critiques gratuites dans le vent c'est laid,mais y'a des cons partout…

    rastafari

  3. T sur que t'etais pas entrain de te branler pendant le film pasque faire une critique aussi pitoyable sur un film aussi bien franche ment pasque mon pauvre maintenant apres les cloques t'a de l'arthrite.ta rien compris au film donc avant de critiquer regarde au moins le film

  4. J'en suis certain, c'est d'ailleurs fort dommage. Comme le disait le regretté Marcello Mastroiani (dont la fille jouera dans Sucker Punch 2 d'ailleurs) : « Le cinéma est en train de mourir : on ne fait même plus l'amour durant les séances. » Alors ne parlons pas de l'onanisme.

    Et en plus mes charmants lecteurs ne daignent pas m'expliquer la clé de ce film hautement cérébral : quelle cruauté…

  5. Je ne peux m’empêcher de dire: « Attention aux films où l'on vous traine sous prétexte d'anniversaire! » Personnellement, j'ai failli y perdre ma santé mentale.

    Sinon pour Sucker Punch… je suis assez bon public. Ça se regardait mais ça ne méritait clairement pas tout le bruit qu'il y a eut autour et je pense qu'on a voulu trouver des sous-entendus et des « l'auteur a voulu dire que… » où ils n'y en avaient pas.

  6. Disons que ce qui m'a énervé, c'est surtout le côté non-assumé du film. Quand on veut filmer des bonasses qui font des galipettes et qu'on a les moyens, pourquoi pas ? Mais alors, il faut faire son deuil de toute velléité de profondeur.
    Ca donne parfois des trucs très réjouissants genre Charlie's Angels qui continue à me faire hurler de rire.

    Je suis d'autant plus agacé que la vacuité de M. Snyder a visiblement fait mouche, j'en veux pour preuve les commentaires des deux rigolos du dessus.

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