Le jour où j’ai arrêté d’être immortel.

C’était un samedi.
Départ pour Rennes. RER. Métro. Couloir. Matinée pas encore flétrie.
Dans le RER, j’ai vaincu une sorcière. Mauvaise idée. Alors elle se venge. Elle attend son moment. Elle commande au temps, comprenez-vous. Je pose la semelle sur le tapis roulant. Celui d’Asimov et de Montparnasse. 
Alors elle frappe. Pile au bon endroit. 
C’est minuscule, irisé. Ca se détache, dérive, coule le long du temps. A l’intérieur.
A l’extérieur le corps hoquette. Fort je crois, deux trois regards un peu agacés braqués sur moi. 
J’ai compris.
Que ce n’étaient pas des vacances ni une parenthèse. Que jamais je ne rentrerai, rue D., près de la tour Montparnasse. Dans la toute petite chambre – refuge – coincée chez Monsieur S. C’est pour du vrai. Terminé, fini. Ce bout d’illusion qui tenait s’est dissout. 
J’attrape vingt-huit ans. Sans prévenir, six années dans la face. Un boulot – plusieurs – la carte de France qui se déroule, comme Indiana Jones quand il prend l’avion. Le corps qui change, la vie aussi. Les regrets qui se mettent à exister. 
La sorcière n’a juste pas prévu que ces six ans-là renfermaient l’essentiel. J’ai échangé mon immortalité contre le droit de bâtir. Ca fait mal. Mais au moins ça bouge.
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