Silence

Silence parce que je me fais ici moraliste. Ca n’est pas une envie, juste un dégât collatéral. Sinon ça va enfler, siffler, craquer et la hutte des trois petits cochons s’en envolera. 
Ou j’aurai mal à la tête. Donc je me pose ici en mots ados.
Je ne sais pas grand-chose. Je tiens énormément à ce pas grand-chose.
Je ne parle pas de mes connaissances professionnelles. Uniquement du savoir librement accumulé. Empilé comme ça bibliothèque personnelle. L’oeuvre d’Henry Bauchau. La musique de Björk. Les valses de Chopin. Les différentes versions d’Antigone. L’histoire de Sylvanas Coursevent. L’écriture de Yoko Ogawa. Les dialogues d’Autant en Emporte le vent. Les noms des 5 fois 108 personnages de Suikoden. L’actualité quotidienne en France. Les articles du Monde repiqués dans Direct Matin. Les soins à prodiguer aux lapins en cas d’occlusion intestinale. Les endroits où Tarja se plante sur les CD de Nightwish. Le rôle du Sénat. Aerith Gainsborough.
Quelques autres trucs. Pas tant que ça.
On m’en parlera, je serai au comble du bonheur. Parfois – souvent – un peu déçu lorsque mon interlocuteur débitera des platitudes. On a la vanité qu’on peut. Ravi de pouvoir partager, échanger. Parce que ce sera l’une des rares occurences où je me sens autorisé à donner mon avis. Où mon avis à un sens.
L’avis, le mot est lâché. En essaim. Ronge s’abbat. Pique.
Une explosion + adjectif de peur scientifique au Japon = mille essaims. Pas une seule reine. Des avis qui se répandent, envahissent, font écho. Personne n’y échappera. Pire, on enjoint à prendre part au bourdonnement. A formuler son avis. Du bout des lèvres, de la langue ou du clavier, peu importe. 
En cas de refus ?
Défaut. De compréhension, d’intelligence. De coeur, de sensibilité, sûrement. Tare.
Cette fois-ci, cependant, je prends le sentier de la résistance, je ne le donnerai pas. Parce que mon frelon à moi est débile – maigrelet – son ADN comprend des termes incongrus comme « application poétique ». J’aspire juste au silence. Ce silence qui n’est pas musèlement, qui n’est pas absence de liberté. Ce silence qui est admission. Non je n’en sais pas assez, non, ce que j’ai à dire ne participerait pas à une construction de savoirs.
Oui je vais me taire. Laisser place à ce silence, celui qui ne demande qu’à écouter, comprendre. Ca fait si peur que ça, comprendre ? En savoir plus sur la vapeur, les cloches de bétons, les trains qui déraillent, les gens qui travaillent quand même, les pompiers démunis, que même Sailor Moon elle ne peut rien faire pour aider.
Je n’aspire qu’au silence. Le silence qu’on entend dans les mots de Yoko Ogawa. Il y en a beaucoup dans ses nouvelles.
Ca je le sais.
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