Viens, dans ma maison…

… Ou : le billet dans lequel je montre qu’en plus d’être doté d’une culture musicale à faire pleurer Nagui, je réfléchis aussi. Parfois. Pas longtemps.

Drôle d’atmosphère au collège en ce moment. Vacances, Noël, Troisièmes en stage en entreprise… Je n’irai pas jusqu’à dire que les profs se retrouvent désoeuvrés (car je suis un fonctionnaire consciencieux qui profite de ces heures blanches pour réfléchir à ma pratique comme on me l’a appris à l’IUFM et JAMAIS pour tenter de contourner les boucliers administratifs qui nous empêchent d’aller honnêtement glander sur fesse de bouc comme tout un chacun… Ouah, vise la taille de la parenthèse !) mais disons que nous avons un peu plus de temps pour communiquer. Et donc partager des informations au-delà du strict minimum du genre : « Soren a encore écrasé les lunettes de Marcia » ou « Si Ilyana menace Sanaki avec son compas c’est normal, elle ne va pas très bien en ce moment ». Nous allons même jusqu’à parler de nous, nos vies, nos oeuvres et notre dernier high score à Civilizachion.
Seulement, j’ignore si l’on peut attribuer cela à mon pessimisme ou à mon légendaire sens de l’observation, mais je note un thème récurrent dans les conversations actuelles : les démissions, les changements de carrière, la retraite (ah ah) : bref, tout ce qui pourrait nous faire quitter, volontairement ou pas, le merveilleux monde de l’Education Nationale. Et bizarrement, je me sens mal à l’aise. Et je m’explique parce qu’il n’y a pas de raison pour que vous restiez dans une bienheureuse ignorance.
Ce n’est un secret que pour quelques ermites berrichons, mais le boulot de prof change pas mal en ce moment. Du coup, phénomène assez neuf, pas mal de gens ayant déjà « fait carrière » nous rejoignent actuellement. Ca c’est assez cool. Sortir du modèle « Tu seras un prof pendant 48 ans comme papa, mon fils », ça fait plaisir. Mais l’inverse est aussi de plus en plus vrai.
L’exemple le plus médiatiquement sexy est celui des nouveaux stagiaires qu’on balance sans formation digne de ce nom devant des classes de gnards qui en ont dézingués des mieux préparés. Et oui, même si ça reste mineur, les abandons à ce stade se multiplient.
Mais à côté de ça, on trouve aussi de plus en plus de profs confirmés qui commencent à se dire qu’il y en a assez de tout ce bazar et qu’on va peut-être aller voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs et fesse de bouc accessible dans d’autres professions. Les raisons sont multiples mais souvent excellentes et surtout, font comprendre qu’en ce moment, l’avenir des collèges est à peu près aussi immaculé que la conscience de Berlusconi :
– Avenir dans lequel des profs de langue qui se défoncent pour leur matière en organisant cours qui déboîtent, et PLUSIEURS échanges par an voient leurs heures se réduire sous prétexte que leur matière n’est pas populaire (si tu veux que Sigrud de Hambourg reste en lice tape 1, pour Calill de Madrid tape 2….)… et qui se demandent si finalement, ils ne seraient pas plus utiles ailleurs.
– Avenir dans lequel on demande à des profs de… hmm disons physique de, comme ça, enseigner les maths parce qu’il manque quelques heures de maths dans leur bahut et que c’est à peu près la même matière hein ? Après tout, des cours assurés n’importe comment, c’est mieux que pas de cours du tout, au moins ça fait garderie.
– Avenir dans lequel les postes fixes (postes dans lesquels les profs peuvent rester aussi longtemps qu’ils le souhaitent) vont devenir aussi rares que le sérieux dans la météo de Charlotte Lebon. « Oui monsieur, on sait que ça fait six ans que, tous les ans, vous changez de bahut, d’équipe, de matériel, de manuels, de méthode de boulot, mais c’est comme ça. »
– Avenir enfin, tissé au gré de réformes faites selon les lubies du moment et défaites à peu près aussitôt. « Allez, on met le paquet sur l’enseignement des arts ! » « Seigneur, le sondage 21 908 a vu notre moyenne de maths descendre de 0.3 points, on change tout ».
Dans ces circonstances oui, je peux comprendre le ras-le-bol ambiant. Et la sacro-sainte sécurité de l’emploi, comme les Fatals Picards le chantent mieux que moi, commence à ne plus suffire.
Et puis…
Et puis surtout…
Et puis surtout ben il y a les élèves. Et je me pose de plus en plus la question des bases que nous pouvons leur donner.
Que les plus vieux se remémorent leurs années collège. Le collège, c’est un peu le grand self service du savoir, sauf que tu es obligé de finir tes plats. Tu jongles avec maths et français en passant par l’EPS, la physique et l’éducation musicale. Et à chaque fois, tu dois changer la configuration de ton cerveau, tes méthodes de travail et d’écoute. Ca jusqu’à huit fois par jours. Je ne pense pas que beaucoup d’adultes en soient capables.
Maintenant, rajoutons à ça ce fameux besoin de changer de carrière qu’ont certains profs, cette valse des remplaçants et des stagiaires. Ces réformes aussi claires que le code pénal thaïlandais. 
Et on obtient… plus rien en fait. Tout ce qui reste de stable dans le collège, c’est le béton. Les visages et les savoirs passent, à peine. On est dans un grand squat de la connaissance, où chacun grappille de petits bouts. 
Je ne me ferai pas sans doute que des amis en écrivant ça – au point où j’en suis – mais le collège pour moi a AUSSI vocation à apporter une certaine stabilité. Une sérénité dans l’enseignement. Pour certains élèves, la seule sérénité de leur existence d’ailleurs (coucou Sothe qui en s’interposant entre ses parents qui se castagnent, se prend des gnons au passage). Leur enlever ça, c’est proprement dégueulasse. Le personnage du Professeur, de l’Instituteur avec la majuscule n’existe plus. (La Maîtresse si, mais c’est autre chose). Ils sont des créatures polymorphes, qui changent trop vite de voix et de visage pour que l’on retienne quoi que ce soit.
La « Réforme » de l’enseignement passe aussi par là je pense. S’arrêter deux secondes, et voir ce que, à force d’enlever des briques, de casser des murs, d’agrandir des chiottes et de rajouter des escaliers, on a fait du collège. Dans quel quotidien les profs et les élèves évoluent. Pour qu’on puisse à nouveau, tous, occuper les lieux. Retrouver une place. Et avec elle une envie.

(NB (ou BN ?) : Les plus geeks d’entre vous reconnaîtrons les pseudonymes utilisés à la place des noms comment autant d’emprunts à Fire Emblem un jeu pour WII qu’il est bien. Et pouf je rajoute en plus une idée cadeau pour Noël. Je suis un type bien quand même…)

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