Kaboom !

… Oui. Alors bon. Kaboom donc. Bien bien bien. Ahum. Qu’est-ce qu’on va bien en faire, de ce film de Gregg Araki, qui a eu l’honneur plus qu’humiliant de décrocher la première Queer Palm de l’histoire ? Peut-être quelques réflexions à chaud sont-elles le meilleur moyen de ne pas raconter trop de conneries. Parce que les critiques pro lues avant d’aller le voir ne m’ont pas convaincu. Pour beaucoup, Kaboom, c’est une réflexion sur la jeunesse, la vie à la fac et les expériences qu’elle suscite. (marrant, j’ai failli écrire suicide)
Oui mais pas que. Vraiment pas que.
Kaboom, c’est comme un gros condensé de pop culture que l’on tenterait de faire tenir au mépris de toute logique. Jugez plutôt : Smith, sorte de caliméro émotionnel et sexuel, est hanté par des rêves étranges, qui se concrétisent peu à peu dans son quotidien : meurtres, manigances de sociétés secrètes et phénomènes paranormaux. En parallèle, il cherche à séduire son colocataire Thor, avec l’aide sa meilleure amie Stella, elle-même éprise de la sorcière Lorelei. London, jolie anglaise pas farouche, vient compléter le tableau et se laisse attirer dans le monde barré de Smith.
On a une liste presque exhaustive de tout les clichés de ce que certains (les malheureux) nomment « sous-culture » : des corps magnifiques (Thomas Dekker est, sous la caméra, l’être le plus beau que j’ai jamais vu, et je n’exagère pas) les amours estudiantines, le paranormal, la théorie du complot, l’exploration de la sexualité, le langage cru… Le tout servi par des plans abusant du split-screen et de transitions que l’on croiraient sorties de Power Point.

Tout ces éléments, ce sont des morceaux de miroir que Gregg Araki colle l’un à l’autre sur un tableau avant de le redresser. Forcément, ces morceaux ne tiennent pas ensemble et se casse la gueule. Et Kaboom c’est ça. La chute de toutes ces pièces brillantes, qui reflètent forcément un bout de nos expériences de spectateur. La chute et l’éclat joli si joli lorsqu’elles touchent le sol, en millier d’étincelles. Quand tout s’emballe, que Smith réalise ses fantasmes de plan à trois, que la télékinésie met en fuite les vilains kidnappeurs ou qu’un robinet d’eau chaude exorcise une sorcière, ça laisse bouche bée : d’extase, d’indignation, de stupéfaction, peu importe. 
Pour paraphraser le lapin le plus philosophe de ces dix dernières années, Kaboom est un film qui fait « ping ! » dans la tête. (celui qui me localise cette référence gagne un paquet de carambars)
Je pousserai même jusqu’à voir dans cette histoire de menace d’apocalypse une réflexion douce amère sur le cinéma : Smith (ai-je mentionné à quel point Thomas Dekker est PUTAIN DE BEAU, et qu’on ne peut rien trouver de plus élégant pour le signaler ?) étudie le cinéma et se fait la réflexion que ce genre est appelé à évoluer. Kaboom est peut-être un adieu à une certaine idée du cinéma, dans lequel Araki se permet un « après moi le déluge » mégalomane mais qui passe totalement dans la démesure du film. Le plus étonnant étant que ces airs de fin du monde ne dépriment pas. Pas la moindre sensation de malaise, même à la vision de cette tranche de gâteau pleine d’asticots. Le délire et l’euphorie acidulée du film nous enveloppent et nous protègent dans ce voyage au bout de… chut !
J’ignore si Kaboom est un grand film, s’il fait avancer le shmilblick ou pas. Mais je parlais dans mon billet précédent des infinis qu’un créateur peut susciter. Je ne vois pas de fond au délire de ce film. Un délire au rire énorme, tandis que les fragments de miroir se brisent en pluie. Et lorsque tout est fini, il reste cette poussière brillante qui nous collera aux vêtements et à la peau, surtout à la peau.
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2 réflexions sur “Kaboom !

  1. Je n'ai pas écrit honteux mais humiliant. Humiliant en ceci que cela suppose que les films traitant d'homosexualité font partie d'une catégorie à part. La discrimination, aussi positive qu'elle soit, me déplaît toujours, y compris dans le cinema à qui Kaboom a beaucoup plus à offrir que son aspect « film gay ».

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