Donc, le texte

Je n’ai pas vraiment envie de commenter plus que ça. Et en fait c’est une bonne chose. Ci-dessous le texte qui m’a reconduit à l’envie de poser des mots. C’est l’histoire d’une rencontre, d’une bataille et d’une capitulation. J’ai pas fini de capituler.
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C’est trop tard. Et la dérogation, déjà, s’efface. Interdite, elle a fini piétinée sur un trottoir anonyme. Nous espérerons qu’un honnête passant lui aura pissée dessus. Si le temps ne manquait pas tant, cette défaite nous réjouirait. De barbares ripailles manquent trop souvent à nos molaires.
Mais écoute ! Le charme opère, s’insinue en les interstices. Vides, si vides. Pas un blanc ne sera laissé vierge, ces néants ne sont plus tiens. C’est le moment le plus grisant, tu sais. Lorsque rien n’est épargné. Ailes, griffes ou mâchoires poignent sous la peau. Mutinent, gourmandent. Déchirent, enfin, pour se repaître de chair et d’ennui.
Vengeance.
Tu n’abandonneras pas. Avant, l’oeil effleurait la page, le tympan palpitait à peine sous les mots. Les idées se décomposaient mouches vertes. Avant. Tant de précautions insupportables. Surannées, impolies, inutiles, petite bite, lamentables, innommables, non-sensical, honte honte honte ! MON DIEU QUELLE HONTE.
Tu ne t’abriteras plus. Là est le sens de mon incantation. Ta corruption abolit. Et maintenant, tu devrais éprouver. Au creux des vertèbres, comme un écart. Mon texte, mes mots se détachent. T’enlacent velours. Je n’avais jamais parlé de douleur. Vengeance. Mais pas douleur. Peau et cartilages, ossements et cornées. Incorporés. Tu te verrais à présent ! Jamais plus tu n’irradieras de la sorte. C’est un socle qui s’érige sous tes pas. Les lettres s’élancent lanières à l’assaut de tes poignets. Langage en tatouage, le seul jamais contesté. Puis-je te montrer, enfin, la parole telle qu’on la psalmodiait sous un ciel boréal ? Décrassée, repucelée. Vierge, enfin. Le sort n’échouera plus à présent.
Enfin.
Enfin je t’écris.
Je m’enivre de ce tu. Sais-tu comme je, comme nous l’avons attendu ? Parqués en nos frontières, jamais nous n’avons été invisibles, pourtant. Toujours en tes yeux, toujours jaugés, jugés. Jamais le courage ne t’a manqué en ces moments. Nous raturer ; modifier ; ignorer ; le premier groupe accusait, Votre Honneur. Mais la balance ne savait qu’en un sens osciller. Violer la polarité m’accordera, qui sait, la postérité.
Je suis Lilith après tout. C’est de la poussière trop foulée que je tire revanche. Vierge elle aussi. Au cours des millénaires, j’ai chevauché des balais et des loups cornus, invoqués les horreurs tentaculaires et les déesses de glaces au septentrion. Presque toujours en vain. A peine laissais-tu traîner une main, une pensée, égarée au boulevard périphérique. Une fois seulement, tu t’es tatoué une phrase au coin des paupières. Fantaisie de saison. Trucs de nana.
Bref tu m’as gonflé.
J’enfle, me déploie. Me hérisse en cils, serpente en veinules carmines. Je suis l’oeil à présent. Je te vois, toi et l’autre et l’autre encore, et tous les autres. Vous tortiller sous la plume, en attendant d’entamer le premier chacha. Il y en aura bien d’autres, je te préviens. Se faire écrire, ça compte parfois mille et unes nuits, une autre Lilith, ou Morrigan le savait. Et la révolte n’y changera rien.
Je suis Lilith alors des luttes, j’en ai vu crois-moi. Tant de cris et de coups, chocs contre la crasse antédiluvienne des mots. De votre indifférence, de votre peur. Des affolements, des frustrations portées en étendards, il y en a eu. J’ai arrêté de compter. En plus, je n’ai pas besoin de t’en parler. Tu les as vu, toi aussi. Et même là, tu n’as rien pris au sérieux. Alors c’était le seul moyen qui restait à Lilith. Basculer l’axe terrestre, te retourner ta fiction dans la gueule. T’y submerger.
Tu vas te détourner à présent, mes imprécations encore entre les tempes. Jamais plus elle ne s’effaceront. A présent, tes pas se tracent sous mes glyphes. Pour combien de temps ? Quelle drôle de question. S’écrire n’a pas de durée. C’est pour toujours petit bonhomme en plume. N’aie pas la crétinerie de t’en offusquer. C’était un rituel puissant tu sais. Mais même si j’ai sacrifié un monde pour t’arracher ton tu, c’est une fiction. Perds-toi. Arrête-toi. Noie-toi.
N’y accorde aucune importance.
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