Silent Hill : Shattered Memories

Billet s’adressant aussi (surtout ?) aux « non-inités » de la vidéoludie.
Silent Hill : Shattered Memories, c’est l’histoire d’un grand et beau ratage. C’est un jeu vidéo qui n’a rien pour plaire, mais qui prend un parti totalement inattendu pour finalement échouer à quelques mètres du miracle.
Pour situer, la série des Silent Hill propose la plupart du temps une errance dans la ville du même nom, par des protagonistes tous plus ou moins névrosés. Au travers de leur périple, des monstres issus de délires de l’inconscient leur barrent le chemin et, bien souvent la fuite est préférable à l’affrontement, jusqu’à ce que, dos au mur, il faille se défendre ou mourir sous les griffes des atrocités ramenés à l’existence par des illuminés. (un assez mauvais film d’horreur en a également été tiré, mais nous ne nous étendrons pas sur le sujet.)
Silent Hill : Shattered Memories s’inscrit à la fois dans la continuité et marque un départ du genre. De part le scénario d’abord.
Tout commence dans le cabinet du docteur Kaufmann, psychiatre de son état qui reçoit un nouveau patient, incarné par le joueur. Après diverses questions et quelques tests psychologiques, le joueur plonge dans le passé de son avatar. Le traumatisme fondateur, c’est un accident de voiture, dans lequel Harry Mason, écrivain à succès, perd sa fille Cheryl. Il se lance dans une exploration effrénée de la ville, balayée par des trombes de neige, et se rend très vite compte que quelque chose ne colle pas. Trop peu de gens viennent à sa rencontre, trop de pans de sa mémoire manquent. Et puis il y a ces moment cauchemardesques où il se voit poursuivit par des êtres vaguement humains cherchant à l’attirer il ne sait où.
La narration se déroule donc en trois phases : la consultation chez le psychiatre, durant laquelle divers tests et conversations vous sont proposés, la thérapie elle-même : le récit de l’exploration de Silent Hill par Harry. Et la plongée dans les cauchemars du héros : de longues courses poursuites durant lesquelles la seule échappatoire est de se mettre à l’abri le plus rapidement possible. Autant le dire tout de suite : c’est cette troisième partie qui pose problème. Sans elle, Silent Hill est un film interactif, angoissant, intriguant et complexe à souhait, pour une raison que je vais évoquer dans un instant. Avec elle, le plaisir du jeu se trouve entrecoupé de séquences agaçantes car brisant totalement le rythme de l’histoire, mais nécessaire pour garder l’étiquette « jeu » du produit.
C’est d’autant plus dommage que ces poursuites masquent l’atout principal de Shattered Memories : l’adaptabilité de l’univers. Selon les réactions du joueur lors des séances de psychothérapie ou même durant son exploration, le visage de la ville et de ses habitants changera. Fixer à longueur de temps des affiches érotiques ou montrer un intérêt poussé pour le sexe avec le praticien réveillera chez Harry un comportement bien plus désinhibé. Se montrer rétif à tout contact humain réveillera l’agressivité de ceux qui pourraient, en d’autres circonstances, se révéler des alliés. L’idée de mettre entre les mains du joueur la scénarisation de son histoire est d’une efficacité qui n’a d’égale que sa simplicité. Il est simplement dommage que l’idée n’ait pas été poussée plus loin encore. 
Silent Hill : Shattered Memories est donc au final une oeuvre de frustration. Frustration de devoir subir des moments inintéressants. Frustration de ne pas voir le scénario tenir ses promesses (même si la chute de l’histoire est diablement maligne). Frustration, surtout, que les développeurs n’aient pas enfin osé montrer que le jeu vidéo peut être, entre autres, une autre façon de raconter, d’évoluer dans la narration.
Mais c’est aussi l’un de ces échecs fertiles. De ceux qui inspirent.
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