What lies beneath – Tarja

Je trouve les gens un peu gonflés. La scission du groupe le plus grotesque et le plus euphorisant qui soit, à savoir Nightwish, a laissé les deux partis un brin sanguinolents. D’un côté la recherche d’une nouvelle chanteuse a fait des rescapés un ensemble gentiment power metal. De l’autre, le public s’est attendu à ce que Tarja seule propose une sorte de Nightwish alternatif, un retour au sources de ce metal lyrique imperméable au ridicule. Genre. Ce que la donzelle, pas carriériste pour deux sous, s’est empressée de tenter, avec son My Winter Storm, parfois inspiré, souvent gentiment mièvre. 
A l’époque, j’avais bizarrement été peu déçu. Soulagement, d’abord d’apprendre que je n’aurais pas à me passer de la drogue dure que constitue la voix de Tarja, et déception finalement nettement moindre que celle à laquelle je m’attendais. Car, très franchement, pouvait-on décemment s’attendre à ce qu’une chanteuse seule puisse constituer un ensemble de musiciens et d’arrangeurs suffisamment barrés pour rivaliser avec les pièces montées métalo-lyriques de l’époque d’Oceanborn. J’attendais donc la nouvelle production de la chanteuse finlandaise avec une curiosité intacte. Comme beaucoup de seconds albums, c’était pour moi celui du passage en force ou de la chute en flammes. 
Eh bien c’est passé. De peu mais c’est passé.
What lies beneath (toujours ce bon goût pour les titres, chez Tarja…) est une claque rétrospective. Je pensais tout savoir sur les performances vocales de la dame, elle était pour moi l’Impératrice, qui régnait, quel que soit le chaos instrumental environnant. Erreur, grossière erreur. Tarja n’est pas faite pour régner, mais pour se battre, et cet album en est la preuve. Donnée dès l’ouverture, avec Anteroom of death (… soupir), sorte de patchwork improbable de metal ancien et nouveau. Un tourbillon dans lequel la voix de Tarja doit se battre pour ressortir… Et ça fonctionne. Les trilles percent le voile et recréent cette jubilation des débuts. 
Le problème est que la maîtresse des lieux elle-même semble ne pas encore s’en rendre compte. Elle alterne donc compositions dérangées et composites avec des pistes nettement plus convenues, et ne parvient pas à lâcher ses afféteries gnan-gnan : lignes de basse ultra-convenues, rythmiques qu’oserait à peine une boîte à rythme… Sans oublier des balades garanties 103% glucose. 
Alors on guette les failles, les entre-deux. Le trop plein d’arrangement d’In for a kill, qui la pousse dans ses retranchements, où le pseudo-ethnique Dark Star. Ces morceaux qui gardent un côté brut de décoffrage dans lequel enfin, la chanteuse peut s’exprimer sans se noyer dans le côté « musique-à-écouter-sur-un-cheval-blanc-au-bord-de-la-plage-en-discutant-chiffons-avec-Galadriel ». Ils sont encore trop peu, ces instants. Mais ils existent, se déploient, prennent leur importance. Tarja commence à prendre son autonomie, et à toucher du bout de l’ongle (vernis nacré) une démarche artistique. Et puis surtout, on l’entend respirer. La guerrière se débarrasse de sa crinoline, et nous montre que son chant n’est pas évident que des pompes et des soufflets s’agitent aussi sous son coffre. Elle en gagne d’autant plus en majesté. 
La messe n’est pas encore dite pour Tarja Türünen. Affublée d’une voix en plumes d’albatros, elle a encore nombreuses occasions de se casser la gueule. Mais qu’elle continue à se confronter à ses limites, qu’elle envoie par la fenêtre ces immondes filtres vocaux et on obtiendra peut-être, tout un album durant, ce concentré d’euphorie que What lies beneath laisse entrevoir. Et qui se confirmera peut-être le 10 octobre au Bataclan, sur scène.
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