Et donc, parfois, je travaille

Ah oui, entre visions de séries américaines et lectures diverses, il y a aussi eu la rentrée scolaire. Et, comme des centaines de milliers d’étudiants j’ai, moi aussi, repris le chemin des classes. On ne se rend pas compte à quel point c’est régressif le métier de prof. Eprouver l’angoisse de la rentrée à presque trente ans, ou bien se rendre compte que l’on a oublié de finir ses devoirs, ça a quelque chose que ce cher Sigmund aurait sans doute trouvé fort intéressant. 
Or donc, ce nouveau chapitre d’une carrière aussi épanouissante qu’apte à provoquer des ulcères commence plutôt bien. Comme tous les ans en fait, je n’ai pas encore réussi à me débarrasser de cet indécrottable optimisme qui me faire croire que cette fois-ci, mes jours d’enseignement ne seront que calme et volupté, et que je dispenserai la connaissance de façon novatrice et efficace à mes ouailles qui boiront à la source de mes mots et deviendront ainsi des êtres humains heureux, des électeurs responsables (suivez mon regards), des parents aimants, j’en passe et des plus roses.
Mouais.
Si l’on oublie le filtre « j’enseigne-chez-les-schtroumpfs », il faut quand même reconnaître que ça aurait pu être pire. Après trois ans de pérégrinations dans divers collèges de la région parisienne, le rectorat a du se dire que j’avais suffisamment enrichi la RATP entre mes trajets en bus et en RER et m’a donc affecté dans un seul établissement, et pour une durée illimitée. En gros, jusque là, j’étais en CDD mobile renouvelable tous les ans, là je suis en CDI. Ce qui va avec son lot d’avantages : aaah la volupté d’être connu par son nom par les collègues après trois semaines, aaaah l’absence de stress lorsque l’on ne se demande plus comment aller de l’établissement A à l’établissement B en moins de huit minutes (enfin quatre parce-que-Cindy-elle-est-venue-se-plaindre-que-vous-lui-avez-oublié-un-quart-de-point-ah-non-il-était-là-hihi-elle-est-bête-au-revoir-monsieur), le fait de pouvoir manger tous les jours… Bref je suis à présent moi aussi un sale fonctionnaire privilégié.
En ce qui concerne le bahut qui a l’honneur et le privilège de m’accueillir en ce moment… Ben c’est pas trop mal. Mon arrivée a coïncidé avec celle d’un nouveau principal, accueilli comme le Messie par mes confrères. Parce qu’il semblerait que les années précédentes, c’était un peu le zouf niveau administration et donc autorité. Les élèves n’en demandant pas tant, il y a eu « quelques » débordements (je me demande ce qu’attend le Comité Olympique pour faire du lancer de chaises en salle de classe une discipline officielle). 
Mais tout cela a changé avec l’arrivée du principal qui lave plus blanc ! Super-principal – quatre ans d’expérience en enseignement carcéral – resserre les boulons, fait arriver les mouflets à l’heure, respecte le règlement intérieur, protège son équipe ET est efficace même à l’eau froide ! Super-principal, donc, fait tout ce que l’on attend d’un principal, et ça se sent. Du coup, je regarde d’un oeil attendri les collègues s’émerveillant de ne pas avoir à jouer des cordes vocales pour que les gnards sortent leurs cahiers… Pourvu que ça dure.
Je me suis donc retrouvé projeté dans ce petit milieu avec la responsabilité de faire rentrer les subtilités de la langue de Molière sous la caboche de quatre classes. Que je ne peux me retenir de vous présenter, après tout elles renferment peut-être la Nouvelle Star 2020 !
– La Cinquième Gaminous : Celle qui me donnera le plus de migraines, étant donné que j’ai été nommé PP (Prof Principal, hein, par Parturiente Poldave). La Cinquième Gaminous est composée, comme son nom l’indique, de Gaminous. Ils n’ont rien de particulièrement méchants, mais ils n’ont visiblement pas entravé ce qu’est le collège : une Géhenne de sangs et de lar… AHEM un sanctuaire paisible dédié à l’étude et au savoir. Du coup je montre les dents (mais pas trop) et surtout je recours au sarcasme à tout crin histoire de siffler la fin de la récréation… Jusque là ça ne se passe pas trop mal, malgré quelques « Mais poourquoiiii vous êtes méchant ? » de Blondie, et de « M’en fous jfaiskeujveux » de Pierrot.
– La Cinquième Plan Vigilance Orange : Houlà, hooooulà. Le genre de classe dans laquelle vous êtes aussi à l’aise qu’assis sur une caisse de dynamite par temps sec. Ca ne bouge pas, tout va bien… Mais mieux vaut garder un jet d’eau à porter afin d’éviter toute étincelle, parce que le potentiel de chiantise dans ce groupe est presque palpable.
– La Troisième Tékitoi : Alors là c’est très bizarre. A première vue on a affaire à la classe la plus basique qui soit : ils écoutent, bavardent un peu, font leurs devoirs quand on leur gueule un brin dessus… Seulement il y a cette impression étrange. Celle que c’est le prof qui est évalué. Et pour l’instant, le jury délibère encore. Suis-je un gentil rigolo, un sadique frustré ou un guide spirituel admirable (l’option 3 a été rajoutée par moi, et j’avoue qu’elle a ma préférence) ? Du coup, je ne me sens pas à l’aise à l’aise, avec tous ces yeux globuleux posés sur moi et guettant le moindre de mes mouvements, la plus petite de mes pensée (« Raaah, pourquoi ils me fixent comme ça, est-ce que j’ai oublié un bouton en sortant du pipi-room, non, ne regarde pas ils vont le voir, bon sang, c’est ça j’en suis sûr, non garde ton caaaaaalme »)
– La Troisième des Elus : Non sans déconner. Eux ils dépotent. C’est genre la classe qu’on vous ressort dans les téléfilms se passant dans le milieu de l’Educ Nat et les docus de France 2. La classe idéale quoi, celle qui participe un peu mais pas trop, qui bosse bien, qui sait quand plaisanter et quand s’arrêter… Même les chieurs sont plus adeptes de la vanne qui fait sourire que de la saloperie qui vous fout le cours en l’air. Je soupçonne la dette que le Karma a accumulé à mon égard d’être remboursée dans cette classe…
Enfin voilà pour la scène sur laquelle votre serviteur va interpréter cette année… Bring it on ! 
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