Déluge – Henry Bauchau

Peut-être est-ce la fin des vacances, la mort de Satoshi Kon, ou des actualités de médiocre fin du monde, mais ce Bauchau-là est comme recouvert d’un voile. Qui s’impose à travers la limpidité, l’évidence et la clarté habituelle de l’auteur. Un voile dont on attrape le coin dès les premières pages lorsqu’en un mouvement, Florence se lie à Florian, l’artiste halluciné, dont le feu brûle au-delà des tempes et se concrétise trop souvent. Florence et Florian qui, tout comme Simon, Margot, Albert et les autres sont à peine personnages, presque idées. La réalisation d’un oeuvre démesurée, à la hauteur du délire de Florian, s’impose comme une évidence, tant au sein du roman qu’aux yeux du lecteur.
Déluge est un roman de l’urgence. Qui même si elle ne peut briser un rythme serein, s’écrit en permanence. Le tissu de la narration s’étire à tel point que, souvent, on voit la trame. Celle si familière de Bauchau, qui convoque, comme pour une dernière danse, les figures qui ont traversé sa mythologie et sa foi personnelle : Oedipe est là, plus présent que jamais, accompagné bien sûr d’Antigone et de Clios. Les grands récits sont une nouvelle fois repris.
« Cependant quelque part dans le tableau il y a deux personnages qui disent autre chose. Caïn très sombre, africain peut-être, n’est pas parvenu à tuer Abel, plus souple, plus agile, toujours sur ses gardes. Les sciences, jusqu’ici, ne sont pas son point fort et pourtant c’est par là qu’il pourrait se pardonner peut-être sa tentative de tuer Abel. Abel a vu son désespoir, il se rappelle comment dans son enfance il aimait Caïn, comme il a été protégé par lui il sent qu’il l’aime toujours et que c’est cet amour non manifesté qui lui a manqué. Toute la terrible descendance de Caïn, les hommes des métaux, de la forge et du feu n’ont pas encore, à cause de lui, pu se réconcilier avec les hommes de la terre, de l’esprit et des eaux. C’est lui, Abel, qui est finalement responsable de cette tentative de meurtre qui n’a pas cessé de recouvrir cette pauvre planète de culpabilité, de sang et d’incendies. Il faut qu’il fasse le premier pas, on pourrait dire que c’est pour ça qu’il ressuscite, dans le tableau. Les deux frères sont-ils réconciliés, est-ce que c’est possible ? Le tableau ne le montre pas. »

Etrangement, c’est cette narration si resserrée qui permet à Déluge de ne pas se transformer en pseudo-testament littéraire. C’est au scalpel que Bauchau taille le langage, indifférent à la douleur, à ce qui est laissé de côté. Il n’est plus temps d’avoir de scrupules. Simplement réaliser, à travers les catharsis successives de cette poignée d’êtres qui accèdent à l’existence au terme d’une course échevelée, l’impérieuse nécessité vitale. Qu’elle passe par la peinture, le divorce, l’amour ou l’écriture. Une nécessité qui ne pousse pas vers la mort mais tout simplement vers l’avant.
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