Kill B. ?

Si un infortuné usager du métro traîne par ici, peut-être a-t-il récemment croisé, résolument accrochée au mur, cette paire de fesses :

Vous situez ? Sur une grande affiche, surmontant glorieusement une inscription rouge et noire, subtile comme une charge de hussards : Bayonetta.
Eh bien cette paire de fesses (et, par extension, sa propriétaire), est ce que j’ai croisé de plus euphorisant, de plus joyeux, de plus vivant ces six derniers mois. Bayonetta est une énième héroïne virtuelle. Oui, ce billet traite de jeu vidéo, mais il n’a aucune vocation à être élitiste. Il ne s’agit ni d’une critique, ni d’un article technique, mais simplement d’un immense cri de jubilation qui déborde et éprouve le besoin de se répandre en paragraphes. Vous êtes prévenus.

Bayonetta, donc est l’héroïne éponyme d’un jeu appartenant à la catégorie du beat’em all (comme quoi l’anglais ça peut aussi être hideux), que l’on pourrait traduire par « Casse-leur tous la figure ». Tout un programme Je sens déjà les plus tièdes d’entre vous regarder la petite croix en haut à droite… Ne vous inquiétez pas, ça empire par la suite.
Il vous est donc demandé, dans ce jeu vidéo, de guider la fameuse Bayonetta et sa paire de fesses à travers tout un tas d’endroits peu recommandables. En effet, comme toute bonne héroïne de divertissements vidéoludiques et de nanards hollywoodiens, elle est la cible d’une tripotée de gens louches, et pas seulement à cause de ses airs de maîtresse sado-masochiste. Bien entendu, celle-ci va finir par s’énerver, et pour reprendre les mots du célèbre penseur : « Moi quand on m’en fait trop j’correctionne plus, j’dynamite… j’disperse… et j’ventile… »
La pitoyable historiette qui sert de prétexte à une débauche d’hémoglobine et de membres arrachés ne mérite même pas de figurer dans ces lignes (c’est dire). Le jeu ne cherche à séduire ni par son scénario, ni par son bon goût, ni même par la plastique de son héroïne : celle-ci est tout simplement « trop ». Trop méchante pour être attachante, trop en formes pour être une énième héroïne japoniaise, trop ridicule pour être subtile.

Mais alors pourquoi ? Pourquoi ce déluge d’adjectifs, pourquoi cette sensation que Bayonetta est un tournant dans l’histoire du jeu vidéo ?
Parce que Bayonetta est un jeu qui jouit. Qui veut faire jouir. Et qui l’assume totalement. On encense si souvent les produits culturels qui ont « le bon goût de ne pas se prendre au sérieux ». Ici, il s’agit surtout d’avoir le sérieux de ne pas se prendre au bon goût. Jamais, au grand jamais, on ne va sortir du grotesque et du démesuré. Cette sorcière gothique a-t-elle l’air un brin aguicheuse dans sa combinaison de cuir moulante ? On nous assène d’entrée de jeu que le vêtement est constitué des cheveux de sa porteuse, cheveux dont sortent parfois tout un tas de bestioles dégueulasses.
Des innocents sont sauvés par la donzelle ? Certes, mais c’est à dos de missile nucléaire que s’effectuera le sauvetage, le tout sur fond d’un remix absolument scandaleux – et hilarant – du vénérable « Fly me to the moon ». Quant à l’arsenal à disposition, on nage en plein délirium tremens, des mitrailleuses aux vierges de fer en passant par le cheval d’arçons.
A l’instar du Kill Bill de Tarantino – peut-être même plus, virtuel oblige – la violence est à ce point démesurée qu’elle en devient drôle et tonique, un genre de sport extrême en un peu plus salissant.
Gonflé et très prétentieux, Bayonetta se permet même de se moquer des traits les plus lourds et déplaisants du jeu vidéo, en particulier sa propension actuelle à loucher sur le cinéma. Témoin ce générique tragique de fin, vertement interrompu par la soeur d’arme de l’héroïne, qui lui fait comprendre que, dans les jeux vidéos, on va jusqu’au bout et il n’y a pas de place pour une conclusion larmoyante à la Titanic.

Et c’est peut-être ce dont on peut le plus rendre grâce à ce jeu. Il rend ses lettres de noblesse au divertissement. Oui, ce truc honni, ce « temps de cerveau disponible », qui n’est dangereux que lorsqu’il ne dit pas son nom. Bayonetta, c’est un truc impossible ou tout est permit, où l’on enfreint toutes les lois, jusqu’à celles de la physique la plus élémentaire, mais uniquement parce que c’est du divertissement. Seule compte cette immense sensation de jubilation qui ne commettra jamais la grossière erreur de céder la place à une autre émotion.
J’en veux pour preuve l’ultime séquence du jeu, où l’on retrouve la sorcière dansant avec frénésie, entourée de tous les autres personnages, alliés comme ennemis. Que l’on se sauve les uns les autres, que l’on se foute sur la gueule, que l’on s’empale ou que l’on s’aime, tout ça n’a que peu d’importance : c’est un jeu. Ni plus ni moins. Mais rester dans les frontières strictes du jouer, ce n’est pas à la portée de tous.

Dans mon imaginaire, Bayonetta restera une héroïne. C’est peut-être grandiloquent mais c’est comme ça. Ca n’est pas tous les jours qu’on congédie le bon goût, le tragique, le comique ou la cohérence d’un grand éclat de rire.

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3 réflexions sur “Kill B. ?

  1. Dommage que nous n'ayons plus ta visite sur Voodo Child…Notre professeur manque ^^.

    Ton compte sera bientôt supprimé, et nous perdons un joueur précieux 😦

  2. « Bayonetta, c'est un truc impossible ou tout est permit, où l'on enfreint toutes les lois, »

    Hahaha, une faute à « permis », ça la fout mal pour un prof de français :p

    Désolé, ça me fait super plaisir de te relire 🙂

  3. Pingback: Dilettante : Bayonetta 2 | L'olive et le samovar

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