Pandore dégelée

Journées en montagnes russes. Dans tous les sens du terme. Impression de participer à une partie de colin-maillard géante : j’avance dans le noir, trébuche, me casse la gueule, refuse de me relever. De toutes façons je ne me relèverai jamais, je suis le pire prof à souiller le sol de la planète. Je me redresse, bulle de savon, entrechats björkiens dans une salle d’audience, façon Lars Von Triers.

L’écriture est devenu la seule constante, avec le jeu vidéo. Bizarre. Solidifié en chaotique neutre, c’est presque une hérésie. Argilla et Verso acceptent enfin le dialogue. La genèse de leurs prénoms me laisse pantois. Ca serait moi, j’aurais choisi des patronymes moins prétentieux. Mais – c’est la fréquentation de l’Antigone d’Io deux ans durant – il y a des surgissements qu’on ne contrarie pas. On accepte et on suit.
L’alternance style direct et indirect libre, qui prédominera dans de nombreux passages m’angoisse beaucoup. Peur de m’enferrer, de me retrouver dans un truc pesant, que je n’arriverai pas à faire progresser. Tout est question de rythme, encore. Toujours.

Pour rester dans le rythme et pour conclure ce billet qui en manque sérieusement, le paragraphe essentiel – pour moi – de Chloé Delaume. Trouvé. Enfin. Après lecture compulsive de son oeuvre. Ca aura pris le temps. Mais je l’ai trouvé. Dans Les juins ont tous la même peau.

« Je fais rouler cent fois, galet microscopique, mes deux paumes s’y referment en prière roulis, jusqu’à ce que la peau s’écorche légèrement. Un peu de rouge perdu, discret, dans le grand gris. Je n’ai donc rien trouvé, ni ici, ni ailleurs. Je dis : tu exagères, j’y ai cru, le sais-tu, j’y ai cru jusqu’ici et avant tout ailleurs, ce n’est pas très gentil, j’avais besoin de toi, tu m’a tellement donné mais me laisse toute floue et tu es 23 juin même si pour toi tout n’est plus qu’un 23 juin sans clef comment puis-je faire pour exister un peu. Le soleil est trop haut et aucun bruit ne demeure. J’ai envie de pleurer, idiote qui parle aux morts et qui s’étonne toujours d’en rester esseulée, juin ricanera de moi, il aime orpheliner davantage mes joues au gré de ses humeurs infiniment perverses alors je marche tout droit, jusqu’à la grille, tout droit, je traverse et j’enjambe, je ne me retourne pas. »

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