Pour Deliah

Si un jour ce que je m’apprête à mettre en ligne se retrouve entre des pages éditées – encre matérielle ou numérique – je prends ici l’engagement de ne pas y inclure de dédicace. Voilà, c’est dit. Je vais donc faire mon pompeux ici.
Ces lignes sont dédiées à toutes mes fictions inachevées ; aux victimes de ma paresse, de mes hésitations et de ma lâcheté, aux figés de l’entretemps. Peut-être qu’il y aura, sur la barque de ce personnage encore sans nom, une place pour vous. J’espère.

Bref c’est parti. C’est un début de premier jet de prologue. Donc ça ne veut pas encore dire grand-chose. Mais bon, bébé balbutie et j’appelle donc à quatre heures du matin pour faire écouter à qui ne veut pas l’entendre ses vagissements.

Comment ça s’appelle ? Chaotique Neutre, bien sûr.
Oh, et sinon pour en finir avec les préambules, le Salon du Livre, c’était très chouette.

Allons-y.

« ???, apathique

Les acouphènes ne dégoulinent plus de mes oreilles.
Je n’y ai pas cru, au début. C’est normal, on m’avait dit. En argumentant pression, volume et rééducation. Temps passé dans le son figé, les bip-bip, pchhhh, bonjour Amandine, non, toujours rien m’avaient détraqué les tympans. Juste un peu. On en était sûr. Et je secouais la tête, oui oui, bien sûr, tandis que ça continuait à se déverser. A part ne pas y croire, je n’en pensais pas grand-chose, de tout ça. J’avais juste une image en arrière du nerf optique : c’était le monde s’écoulait de ma cervelle. A mon passage, les bouchons que mon coma avait amoureusement dressés s’étaient perdus.
Donc forcément, ça coulait.
Ca a duré six mois. Forcément. Un continent ne fond pas comme ça. Alors pour cinq – cinq ou six, j’oublie toujours – une demi-année, c’est un minimum.
Dehors, c’est pareil. Le vacarme sourdine dans la rue, en tessiture monochrome. Ni sécheresse ni manque. Un monde s’écoule et on s’en fout.

Audition : OK

J’aimerais bien qu’elle arrête d’être discrète, en face. J’aimerais aussi vivre assez vieux pour rayer en encre bic noire premier prix le mot discrétion et tous ses dérivés de chaque dictionnaire. La discrétion est une pauvre excuse pour les patauds, les maladroits, comme moi. La discrétion, c’est braquer un projecteur sur le pauvre type qui marche en pointes et l’applaudir, remise, d’oscars, si si, très bien, vraiment, on ne vous a ni vu ni entendu. Tout le monde l’a remarqué.
Ca n’est pas un paradoxe, juste un raté de langage. C’est pas si grave, sauf que tout le monde se sent obligé d’y croire. Elle en face comme les autres. Je ne lui en veux pas. La pomme de douche n’a pu que m’éructer à la tête, ce matin. J’ai peur de repasser. Et je – j’avais pas remarqué – mâchonne ma carte d’identité. Comment elle est arrivée là ? Du calme. Phalanges en mouvement. Retirer le rectangle plastique d’entre mes dents. Poche poitrine localisée, objet inséré, mission accomplie

Coordination gestes-vision : OK

La porte s’ouvre, la voix acidule un nom qui n’est pas le mien. Je n’existe pas encore. C’est juste. Dans un quart d’heure, plus sans doute, je serai l’objet de toutes les attentions. Rien à débourser pour qu’on déconnecte mes inquiétudes. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s